J'ai également publié un livre qui s'intitule "Magda".

Gil, à la poursuite de l'homme à l'œil rubis, arrive à Green Island affamé, assoiffé. Il entre dans un bar dans l'espoir d'y trouver du Whisky et se fait attaquer par des hommes. Il parvient à se défendre et fini par faire connaissance de Remy, un adolescent qui est à la recherche de son frère enlevé par l'homme à l'œil rubis. Tous deux font alors route ensemble, Gil pour tuer cet homme et Remy pour retrouver son frère, sans qu'aucun des deux sache que ce voyage leur donnera plus que ce qu'ils recherchent.

Acheter Magda

Chapitre 01 - Soif de Whisky et de vengeance

Tout a un début, et tout a une fin. Une fin qui arrive plus ou moins vite, en fonction des évènements, des circonstances, des décisions prises par ceux qui possèdent le pouvoir. A Green Island, les décisions n'ont pas dû être les bonnes. A moins que ce ne soit une histoire de fatalité. Nul ne le sait, ou du moins, ceux qui le savent ont le bon sens de se taire.


L'homme avançait dans les rues désolées, il titubait, épuisé, rongé par la faim et la soif. Vêtu d'un long manteau noir par dessus des vêtements noirs et d'un chapeau de cowboy noir assombrissant ses cheveux et ses yeux noirs, il aurait pu être impressionnant s'il avait pu tenir debout. Toutefois, il n'y avait nul à impressionner dans la rue déserte. Même les chiens errants avaient la présence d'esprit de ne pas s'aventurer dans ce quartier de la ville régi par la loi du plus fort.
L'homme, un étranger, ignorait tout cela, il n'était d'ailleurs plus en état de réfléchir. Il voulait seulement à boire. Du whisky de préférence, ou du rhum. Ou de l'eau s'il n'y avait plus que ça, mais il l'évitait : l'eau n'était bonne qu'à faire rouiller.
Quelques cris en provenance d'un bar lui donnèrent la vigueur nécessaire pour faire encore quelques pas. S'il y avait des cris, c'est qu'il y avait à boire. Il franchit les portes à battants et trébucha juste à temps sur la jambe d'un cadavre pour éviter un coup de gourdin qui l'aurait sans aucun doute assommé.
-Qui es-tu, étranger ?
L'homme en noir regarda tout autour de lui. Trois hommes se tenaient debout, un révolver dans les mains et un gourdin à la ceinture. Les autres personnes présentes n'étaient que des cadavres, toutes catégories confondues : des vieux, des jeunes, des hommes, des femmes, des riches, des pauvres et même un adolescent qui portait un pendentif cabossé. Toutefois, le vagabond ne se sentait nullement concerné par ce qui se passait dans cette ville. Il ne souhaitait qu'une chose : à boire.
S'il n'avait pas été aussi concentré sur sa soif, il aurait entendu les coups de feu et aurait deviné que ce bar n'était pas tranquille, mais durant les dernières heures, seule sa gorge asséchée lui importait et à un moindre niveau, son estomac vide.
-Je suis un étranger, comme vous le dites, répondit-il néanmoins d'une voix rendue rauque par sa gorge asséchée. Je me fiche de vos activités, je veux juste boire un coup et je repars.
-Je comprends bien. Tu dois, toi aussi, comprendre que nous ne te laisserons pas partir comme ça. Nous avons ordre de tuer tout le monde.
La brute regarda avec cupidité la montre gousset accrochée à la ceinture de l'étranger et ajouta :
-En revanche, si tu es prêt à négocier pour ta vie...
L'homme effleura la montre, qui diffusa une douce lumière bleue par le cadran.
-Elle n'est pas à vendre.
-Oh, cette montre vaut plus que ta vie ?
-Magda est ma vie, fit l'étranger avec un sourire amer.
Il roula sous une table pour se protéger des coups de feu qui se mirent à pleuvoir, puis il sortit de sa cachette et sauta en direction des hommes qui rechargeaient leurs armes. Un coup de poing dans un nez, un plongeon en avant pour éviter une nouvelle rafale, un coup de pied dans un ventre au passage et il était derrière son troisième assaillant. Il posa une main sur sa nuque et frappa son front sur le mur le plus proche. Il avisa que les trois hommes avaient perdu connaissance.
-Zut, j'aurais bien aimé les interroger sur l'homme à l'œil rubis. Enfin, je vais peut-être enfin pouvoir boire un verre, moi...
Il se tourna en direction du bar et avisa que toutes les bouteilles étaient cassées. Qu'à cela ne tienne, le propriétaire avait sûrement quelques réserves en arrière-boutique. L'étranger enjamba les cadavres sans remarquer que l'adolescent poussait un petit gémissement et il atteignit la porte de derrière. Il ne trouva là que trois bouteilles de whisky, une de rhum et quelques bières. Il mit le tout dans les poches de son long manteau noir, gardant à la main une des bouteilles de whisky et il se dirigea vers la sortie. Peu importaient la faim et la fatigue, il devait retrouver l'homme à l'œil rubis pour le tuer.


Remy n'osait pas bouger, paralysé par la peur et par, il devait bien l'admettre, une immense douleur au milieu de la poitrine. Si son gros pendentif, cadeau de son frère aîné, n'avait pas arrêté la balle, il serait sûrement mort à cette heure. La force de l'impact lui avait fait perdre connaissance un moment mais il était encore en vie.
Il respirait par petites goulées d'air, autant pour ne pas se faire remarquer que pour épargner sa poitrine douloureuse et regarda le spectacle de ses yeux mi-clos. Un inconnu était en train de mettre à terre les trois hommes de Jones. Le malfrat ne serait certainement pas content mais Remy était heureux de trouver un tel protecteur.
Perdu dans ses rêveries, il vit l'homme déposer un billet sur le comptoir et quitter le bar. Remy se leva et prit l'argent sans état d'âme, sachant que quelqu'un d'autre s'en chargerait tôt ou tard. Il courut après l'homme qui marchait tout en buvant de longues rasades de whisky.
-Monsieur ! s'écria-t-il.
Soit l'étranger ne l'avait pas entendu, soit il ignorait Remy.
-Monsieur, attendez ! cria-t-il à plein poumons, ce qui raviva sa douleur à la poitrine.
L'homme daigna enfin se retourner.
-Hé, petit, lança-t-il, tu n'aurais pas vu un homme avec un œil rubis ?
-Un œil rubis ? demanda Remy.
-Oui, un rubis à la place de l'œil si tu préfères.
-Euh... non...
-Ah. Tant pis.
L'étranger reprit son chemin sans faire de cas de celui qui l'avait appelé. Remy le regarda s'éloigner, impressionné par tant de classe et de maîtrise de soi jusqu'à ce que l'estomac de l'homme se mette à gargouiller, ce qui ternit un peu l'image de héros que l'adolescent s'en faisait. Il dissimula un sourire de son mieux et suggéra :
-Je vous emmène ? Mon oncle tient un restaurant et je crois que Monsieur le Maire sera heureux de vous connaître.
-Si tu me prends par les sentiments, petit...
-Ne m'appelez pas petit ! Je m'appelle Remy.
-Et moi Gil.
-Suivez-moi, Gil.
L'homme obéit et suivit l'adolescent jusqu'à une vieille jeep rouillée dans laquelle il sauta.
-Tu sais conduire ça ? demanda Gil d'un air un peu inquiet.
-Oui, mon grand frère m'a appris. Alors, vous montez ?


Tout en dévorant l'entrecôte et les frites offertes par l'oncle de Remy, Gil écoutait d'une oreille distraite les doléances du maire. Green Island était une petite ville paisible jusqu'à ce que Jones en fasse sa cible principale. Tous les habitants, à force d'être pillés, s'étaient réfugiés au centre-ville et unissaient leurs forces pour survivre et se protéger.
-Pourquoi cette ville s'appelle Green Island* ? Elle n'a rien de vert avec son sol desséché, et ce n'est pas une île.
-Elle était verte lorsque nous avions accès aux fontaines et que nous n'avions pas peur de nous rendre à nos jardins. Quant au fait que ça ne soit pas une île... Pour nous, c'est notre petit coin de paradis quand-même.
-Chouette histoire, fit Gil après avoir avalé de longues gorgées de whisky.
-Remy nous a dit que vous l'aviez aidé et...
-Je ne l'ai pas aidé, je me suis simplement défendu. Si ça lui a rendu service, tant mieux pour lui mais...
-Faites repartir Jones, c'est tout ce que je vous demande, fit le maire d'une voix suppliante.
-Trouvez un vrai garde du corps. Je ne suis qu'un vagabond.
Gil se leva de sa chaise puis demanda :
-Au fait, vous ne sauriez pas où je peux trouver l'homme à l'œil rubis ?
-Non, ça ne me dit rien.
-Alors je n'ai plus rien à faire ici.
Il se dirigea vers la porte mais se plaqua contre le mur lorsqu'une rafale de balles surgit par la fenêtre.
-C'est Jones, murmura Remy.
Par réflexe, Gil porta sa bouteille à ses lèvres. Surpris de ne rien sentir couler dans sa bouche, il la regarda. Une des balles l'avait cassée, il ne lui restait plus que le goulot dans la main.
-Ces idiots, cracha-t-il, hors de lui. Ils ont gâché une bouteille de bon alcool ! C'est impardonnable.
Remy et le maire se regardèrent, une lueur d'espoir dans les yeux.
-Désolé pour votre bouteille, Gil, fit Remy mais l'homme savait qu'il n'en pensait pas un mot.

 

 

*Green Island signifie Île Verte.