Bonjour,


Je tiens à partager avec vous cette histoire courte que j'ai écrite. Je la publierai peut-être un jour dans un reccueil d'histoires courtes, je l'ignore... J'espère qu'elle vous plaira.

 

Un goût de fraise

 

« Avant, je jouais à être hétéro. Maintenant, je joue à être heureux. C'est fou comme je préfère être heureux !

Si cela vous dérange, je ne vous retiens pas. »

 

Voilà le statut que mon petit frère a posté hier soir sur Facebook. Enfin, pour moi, ça ne change rien, je le savais déjà... En réalité, je l'ai appris dimanche, lorsque nous sommes allés manger chez nos parents et que mon frère a décidé de faire son coming out. A ce moment-là, je n'ai rien répondu. Après tout, en quoi cela me concerne-t-il ? Manu peut bien coucher avec qui il en a envie, tomber amoureux de qui il veut, tant que cette personne le rend heureux, je n'ai rien à en redire. Mon père n'a rien répondu non plus. Je pense qu'il était surpris, et puis il faut bien avouer que ce n'est pas un grand bavard et qu'il a tendance à tout garder pour lui. En revanche, ma mère, assistante sociale, a demandé à Manu pourquoi il était ainsi, elle lui a sorti qu'en général, les hommes devenaient homosexuels lorsqu'ils souffraient d'un désordre affectif, mais que nous vivions dans une famille aimante et unie, qu'il était impossible que l'un de nous souffrît de ce type de désordre. Manu lui a clairement fait comprendre qu'il ne s'agissait plus de statistiques mais de son fils cadet, et que s'il pouvait répondre à toutes ses questions, il lui était en revanche impossible de lui expliquer pourquoi car il ne connaissait pas et se fichait de l'explication. C'était la première fois que je voyais mon frère parler ainsi à notre mère. A vrai dire, c'était même la première fois que je le voyais parler ainsi à qui que ce soit, lui qui est habituellement si introverti.

 

J'ai vingt-neuf ans, je suis guitariste. Je suis assez grand et fortement charpenté, j'ai la peau légèrement mâte, les yeux marron et de longs cheveux bruns bouclés jusqu'au milieu du dos. Manu, lui, a vingt-sept ans, il est comptable. Il a les yeux verts, des cheveux châtain clair courts qui virent au blond au soleil, il est assez svelte et sa peau est peau relativement claire. La seule note de fantaisie, chez lui, est le tatouage qu'il porte au bas du dos et qui représente les cinq lignes d'une portée musicale sur lesquelles repose une clé de sol. J'ai le même tatouage autour de mon poignet droit, Manu a dû le copier sur le mien. La seule différence entre nos deux tatouages est que la clé de sol du sien est très mal faite, elle ressemble davantage à la lettre « J » tracée de manière calligraphiée, mais je n'ai jamais eu le cœur de le lui dire. Nous ne nous ressemblons pas beaucoup, pour deux frères, mais nous nous sommes toujours très bien entendus. Il faut admettre que Manu est très conciliant. Grâce à son bon caractère, je ne crois pas que nous nous soyons disputés sérieusement une seule fois.

Il y a cinq ans, j'ai décidé de devenir guitariste. J'en avais assez d'être serveur dans le restaurant d'un hôtel, je voulais faire ce qui me plaisait. Percer dans le milieu de la musique n'est évidemment pas donné à tout le monde, et je n'ai malheureusement pas fait exception. Je me suis bientôt retrouvé sans le sou, incapable de payer mon loyer. Acculé, j'ai demandé à mon frère de m'héberger le temps que je trouve une solution. Cela fait désormais bientôt cinq ans que nous vivons ensemble. Je n'ai toujours pas trouvé de solution mais cela ne semble pas déranger Manu qui adore m'écouter jouer de la guitare.

 

Tout va pour le mieux, notre colocation se déroule parfaitement bien. L'appartement est assez grand pour nous deux et nous y avons chacun notre chambre. Je ramène parfois une fille pour la nuit, mon frère m'a dit que cela ne le dérangeait pas. Je n'aime pas les relations suivies mais il faut bien s'amuser de temps en temps. Jusqu'à dimanche, je trouvais étrange que mon frère n'en ramène jamais, je me disais qu'il était pourtant beau gosse et que même s'il était trop timide pour oser aborder une fille, certaines devaient bien faire le premier pas. Je comprends désormais qu'il n'a jamais ramené de filles car ça ne l'intéresse pas et parce qu'il ne voulait sûrement pas me montrer qu'il aimait les hommes. Je lui en veux un peu de n'avoir pas cru assez en moi pour me faire confiance mais je comprends sa crainte de perdre ceux à qui il tient.

 

Depuis deux jours, Manu est en congés d'été. A chaque fois qu'il ne travaille pas le lendemain, nous jouons à la console pendant toute la nuit. Mon petit frère ne gagne pas très souvent mais heureusement pour moi, il est bon perdant.

Nous pourrions être en ce moment-même occupés à nous affronter dans un jeu de combat, mais alors pourquoi suis-je cloué au lit, transpirant de chaud et grelottant de froid en même temps ? Pourquoi mon corps est-il si affaibli que je peux à peine sortir un bras du lit pour me gratter la nuque ? Le médecin est venu hier, il m'a prescrit quelques médicaments afin de faire baisser ma fièvre mais il a surtout insisté sur la quantité d'eau que je devais boire afin de ne pas me déshydrater. Depuis hier, Manu veille donc sur moi et régulièrement, il boit une gorgée d'eau qu'il recrache dans ma bouche. Il adore les glaces à la fraise, il en consomme plusieurs par jour, je peux alors sentir son goût de fraise à chaque fois qu'il m'abreuve. Il a déjà essayé de me faire boire de manière plus traditionnelle mais mes mains sont incapables de tenir le verre d'eau et je ne peux de toute manière pas me redresser suffisamment pour boire.

J'entrouvre les yeux. Assis sur une chaise installée à côté de mon lit, mon frère veille sur moi. Il est vêtu d'un débardeur bleu largement échancré et d'un short. Un de ses pieds nus est posé sur la chaise sur laquelle il est assis. Son bras gauche, enroulé autour de sa jambe pliée, tient un livre tandis que sa main droite offre à sa bouche un bâtonnet glacé à la fraise. J'aime les petits coups de langue qu'il donne dans la crème glacée, j'aime le voir se lécher les lèvres lorsqu'une goutte y fond trop précipitamment, j'aime le voir faire passer l'intégralité de la glace à l'intérieur de sa bouche avant de l'en ressortir et de soupirer de délectation.

Je me pourlèche les lèvres avec envie. Mon geste n'a pas échappé à Manu qui me demande d'une voix inquiète :

-Tu as soif ?

Sans attendre de réponse, il pose son livre sur la table de chevet, il dépose son bâtonnet glacé sur une coupelle prévue à cet effet puis il boit une gorgée d'eau. Il se penche sur moi. J'ouvre la bouche dans l'attente de ces lèvres au goût de fraise. Je ne peux pas m'empêcher de les lécher. Mon frère se méprend sur mon geste.

-Encore ? s'enquiert-il.

Je secoue la tête comme je n'ai plus soif mais mes lèvres me trahissent et répondent :

-S'il te plaît.

Il prend à nouveau de l'eau dans sa bouche, il se penche sur moi et doucement, il laisse couler l'eau entre mes lèvres. Ma langue rencontre à nouveau ses lèvres douces et parfumées. J'ignore pourquoi depuis quelque temps, ce goût de fraise m'excite, peut-être parce que je sais ce que mon frère fait subir au bâtonnet avec cette bouche qui m'abreuve. Je me souviens également que depuis hier, il a plusieurs fois passé un linge humide sur mon corps fébrile afin d'en chasser la sueur. Dans mon esprit délirant, je pensais parfois que c'était sa langue douce et humide qu'il faisait glisser sur mon corps et au lieu de me révulser, cette idée me plaisait au plus haut point.

Mon frère repousse mes cheveux qui ont collé à mon front et il me demande :

-Tu as encore soif ?

Je sors un bras de sous la couverture, je prends la main de mon frère et je l'attire sous la couverture, au niveau de mon entrejambe en disant d'une voix rauque :

-Ce n'est pas la soif, mon problème.

Lorsque sa main fraîche frôle mon érection brûlante, je me rends compte qu'il ne m'a pas rhabillé après avoir la dernière fois qu'il a passé le linge sur mon corps, peut-être parce que cela aurait été mon quatrième pyjama de la journée. Il se recule, surpris.

-José, me dit-il, ce n'est pas parce que je veille sur toi alors que tu es malade que je vais te faire ce genre de chose.

-Pourquoi ? J'ai envie de sentir tes mains, ta bouche sur moi. Je crève d'envie que tu me touches.

-Ce sont ton corps et ton esprit enfiévrés qui t'en donnent envie, c'est tout. Ça ne veut pas dire que tu aies réellement envie de moi. De plus, comment pourrais-je toucher à mon frère malade ?

Comme je n'ai pas lâché sa main, je l'attire plus près de moi.

-Je bande comme un fou dès que tu me donnes à boire. Je crois que tu as conditionné mon corps à réagir à ce goût de fraise, le goût de tes lèvres. Manu, j'ai envie de toi. S'il te plaît, ne me repousse pas...

Mon frère laisse échapper un long soupir.

-Comment peux-tu me demander une chose pareille ? grommelle-t-il. En plus de ça, je suis sûr que tu ne vas même plus t'en souvenir...

Il ôte la couverture qu'il a posée sur moi et il dit :

-Préviens-moi si tu as froid.

-Si tu me touches, il y a peu de chances que j'aie froid.

Il secoue la tête, comme s'il me trouvait absurde mais je sais qu'il est amusé d'après la lueur qui brille dans ses yeux verts. Il s'installe entre mes jambes, il me lance un regard qui me prévient qu'il est bientôt trop tard pour changer d'avis, et comme je me contente de lui sourire, il se penche sur mon érection qu'il lèche de haut en bas, puis de bas en haut. Un long frisson parcourt mon échine tandis qu'un gémissement s'échappe de mes lèvres. Jamais encore je n'avais ressenti un tel plaisir. Un souffle frais frôle mon pénis brûlant, la pointe d'une langue en taquine l'extrémité avant de le parcourir à nouveau de la base au sommet. Je sens bientôt mon frère me prendre entièrement dans sa bouche. Comme je commence à être humide, Manu lèche la goutte qui vient de se poser sur sa lèvre inférieure. J'ai l'impression d'être le bâton de glace auquel il faisait subir tant de choses terriblement excitantes avec sa bouche. Que c'est bon, cette sensation, cette chaleur, cette humidité, cette douceur. Je ferme les yeux. Mon cœur bat à cent à l'heure. Mon corps se couvre de frissons. En sentant que je suis sur le point de jouir, je m'écrie :

-Ah... Manu, recule ! Je viens...

Au lieu de m'obéir, mon frère me prend par le bassin afin de m'empêcher de me mouvoir. Il aspire sur mon pénis prisonnier de sa bouche. Je pousse un long gémissement semblable à un cri d'agonie, croyant devenir fou. A bout de souffle, j'observe celui qui m'a offert la meilleure fellation de ma vie. J'ignore si cela vient de sa technique ou de la fièvre qui me rend plus sensible mais je suis sûr d'une chose : je n'ai jamais eu autant de plaisir. Manu me rend mon regard, un petit sourire aux lèvres, puis sa langue quitte mon pénis qui n'a pas encore eu le temps de débander. La petite pointe rose si douce descend plus bas, jusqu'à tenter de se faufiler en moi. A bout de souffle, le corps aussi faible que celui d'une poupée de chiffon, je ne proteste pas. Après tout, s'il veut me lécher partout comme je me l'imaginais lorsqu'il utilisait le linge sur mon corps, je ne m'en plaindrai certainement pas. Des mains douces soulèvent mes jambes et les plaquent contre ma poitrine tandis que la langue continue à glisser en moi. Je déglutis en me rendant compte de la situation mais je suis dans l'incapacité d'arrêter Manu. J'ignore si je manque de force ou si ma fièvre me donne envie de continuer au delà de ce que j'ai déjà expérimente, je sais juste que je ne réagis pas, je me contente de me laisser faire. Un doigt humide de salive glisse en moi. Suis-je trop affaibli pour ressentir une quelconque douleur ? A moins que je ne sois trop excité ? Je pousse un petit grognement, heureux de sentir ce doigt fouiller mon intimité, effectuer des va-et-viens de plus en plus rapides. Mon pénis n'a pas eu le temps de débander qu'il durcit de plus belle. Un deuxième doigt fait son entrée en moi puis il commence à se mouvoir, tout d'abord doucement puis plus rapidement. Je ne peux pas m'empêcher de gémir :

-Manu, c'est super bon...

-Je crois que je n'ai jamais été aussi excité de ma vie, admet mon frère.

Je ferme les yeux lorsque je sens un pénis humide se poser contre mon entrée intime. Je serre les dents, prêt à lutter contre la douleur. A ce moment-là, Manu se penche afin que son visage soit au dessus du mien et il dit d'une voix douce :

-Non, ne te raidis pas. Détends-toi, laisse-toi aller.

-Alors excite-moi avec ton goût de fraise.

Amusé, il tend la main en direction du bâtonnet qui a presque entièrement fondu. Il se hâte de mettre un morceau de glace dans sa bouche avant que celui-ci ne glisse de ses doigts et ne tombe au sol, il se lèche les lèvres et les pose sur les miennes. Mon cœur fait un bond dans ma poitrine tandis que la crème fondue coule à l'intérieur de ma bouche. Je tends ma langue à la rencontre de celle qui retient ce goût si excitant, je la caresse, je lui vole un morceau de chocolat qui enrobait la glace, je la suce comme si elle était elle-même un bâtonnet qui n'était destiné qu'à moi seul. Tout occupé à ma dégustation, il est trop tard pour avoir peur et me crisper lorsque je sens Manu me pénétrer. Il pousse un long soupir qui me brûle presque la langue.

-José, c'est si chaud à l'intérieur de toi. C'est tellement bon...

Je m'accroche à son débardeur lorsqu'il entreprend de mouvoir son bassin. Les sensations qui me traversent sont indescriptibles, je me demande s'il est possible de mourir de plaisir. Jamais encore je n'avais vu la lueur qui brille dans les yeux verts, juste au dessus de moi. Je redécouvre cet homme que je vois pourtant tous les jours depuis vingt-sept ans, je me surprends à le trouver beau, à trouver ses lèvres attirantes, à vouloir caresser son corps svelte dont la peau semble si douce. J'ignore si la fièvre me donne autant envie de sexe, ou si mon plaisir provient de l'homme qui va et qui vient dans mon corps. Je ne parviens pas à réprimer mes gémissements de plaisir.

-Manu, continue comme ça, c'est trop bon...

-Pour moi aussi, répond mon frère sans cesser ses mouvements. Tu es tellement chaud, j'ai l'impression que je vais fondre à l'intérieur de toi.

Il lèche une de ses mains et enroule ses doigts humides autour de mon érection, qu'il entreprend de caresser au rythme de ses coups de reins.

-Ahhhh !! Manu, arrête, tu me rends dingue !!

-Ça te plaît à ce point ?

Essoufflé, je me contente de hocher la tête pour toute réponse, je sais bien que je ne suis plus en état de formuler une phrase cohérente, mon corps et mon cerveau fondent, terrassés par la fièvre et le plaisir. Mon frère s'empare de la coupelle dans laquelle le bâtonnet glacé a fondu. Il la lèche, la repose, et m'offre sa langue que je me précipite pour sucer et lécher avec délectation. Tout cela m'excite tellement, mes reins me brûlent, mes hanches effectuent d'elles-mêmes des mouvements de va-et-vient afin de sentir davantage Manu, j'aimerais qu'il entre au plus profond de moi et n'en sorte jamais. L'espace d'un instant, je me demande s'il est possible de conserver sa santé mentale en expérimentant un plaisir aussi intense. Mon corps de plus en plus brûlant se tend comme jamais. Au dessus de moi, mon frère ferme les yeux, son visage se détend complètement, et je songe qu'il est le plus bel homme du monde.

-José, je ne tiens plus, ton corps est trop bon, chuchote-t-il à mon oreille. Je vais jouir.

-Moi aussi je vais...

Ma voix se casse dans un long gémissement rauque, m'empêchant de terminer ma phrase. Une tempête d'une intensité incroyable m'emporte au large, là où je n'ai plus pieds.

 

 

Lorsque j'ouvre les yeux, Manu est toujours assis sur la chaise, son livre dans les mains. J'ignore depuis combien de temps je suis alité, j'ai l'impression que cela fait une éternité. Je me souviens m'être réveillé plusieurs fois, tantôt grelottant, tantôt transpirant à grosses gouttes. Inquiet, mon frère a même failli appeler une ambulance. J'observe la couverture du livre qu'il lit. Elle indique « Première fois ». Je m'enquiers alors :

-C'est bien, ce que tu lis ?

Manu sursaute, je l'ai surpris. Il hausse des épaules et répond :

-Oui, j'aime bien.

-De quoi ça parle ?

-Le héros de l'histoire, Eliott, fait son coming out auprès de ses amis. Comme il l'avait prévu, il en perd beaucoup mais étrangement, ceux qui restent ne sont pas forcément ceux sur lesquels il aurait parié. Parmi ceux-là, il y en a deux qui lui font des propositions, Travis et Gordon. Ils ne sont pas gays mais sont simplement curieux du sexe avec un homme. Au début, Eliott refuse, prétextant qu'il n'est pas un cobaye, mais il finit par accepter leurs propositions... pas avec les deux à la fois, hein !

Comme je souris, Manu poursuit :

-Une fois qu'ils l'ont fait, Travis s'éloigne et ne donne quasiment plus de nouvelles tandis que Gordon ne cesse de demander à Eliott pour recommencer. Ils finissent par vivre en couple. Gordon cherche parfois des femmes mais Eliott ferme les yeux, conscient de la chance qu'il a d'être en couple avec quelqu'un.

-C'est insensé de tolérer ce genre de comportement. Si tu es avec quelqu'un, tu ne vas pas draguer ailleurs !

Manu affiche un sourire amusé.

-C'est différent pour nous couples gays. Après tout, nous sommes des hommes, nous avons un fort appétit sexuel, et puis tant que le cœur de notre partenaire reste à nos côtés...

Choqué, je m'écrie :

-J'espère que tous les couples gays ne pensent pas comme ça ! Un couple, c'est à deux que ça se passe. Si j'étais en couple avec toi, je n'aurais ni le besoin ni l'envie de me taper une femme, et je ne te laisserais pas le faire non plus !

-Pourquoi parles-tu de nous deux ? demande mon frère en rougissant.

Je prends Manu par le poignet et je l'attire sur le lit. A quatre pattes au dessus de moi, il me regarde. Il semble perdu. Je caresse ses joues et je réponds :

-Après ce que nous avons fait, je peux au moins nous citer en exemple, non ?

-Tu... Tu t'en souviens ?

Le visage de mon frère vire au cramoisi.

-Bien sûr, comment pourrais-je oublier la meilleure nuit de ma vie.

-Ce n'était pas la nuit.

-Peu importe...

J'attire son visage afin de m'emparer tendrement de ses lèvres mais il se dégage et saute du lit.

-Tu devrais conserver tes baisers pour la personne que tu aimes uniquement.

-Tu es mon petit frère adoré, évidemment que je t'aime.

-Ce n'est pas de ce genre d'amour que je parle.

Comme Manu est sur le point de quitter la chambre, je demande :

-Donne-moi à boire s'il te plaît.

Il rejoint la table de chevet, il remplit à moitié le verre d'eau mais au lieu de le porter à ses lèvres pour me faire boire, il me le tend.

-Tiens, dit-il. Tu as l'air d'aller mieux.

Pour toute réponse, je me redresse. Je m'empare du verre, je bois puis je le lui rends dans un simple « merci ».

 

Mon frère ne se fait pas prier et sort de la chambre. Je me demande ce qu'il fuit. Peut-être aurait-il préféré que je ne me souvienne de rien. Après tout, il s'est tout de même laissé tenter par son frère malade. Tel que je le connais, il n'est sûrement pas très fier de lui. Je repousse les couvertures et je me lève, réprimant un cri. Tout mon corps est perclus de douleur. J'ignore si cela provient de ma fièvre ou de ce que j'ai partagé avec Manu. J'ôte les draps trempés du lit et je me rends à la salle de bains, où je les bourre à l'intérieur du lave-linge. En croisant mon reflet dans le miroir, je sursaute. Amusé, je songe que je comprends finalement pourquoi Manu a pris ses jambes à son cou. Je ne suis jamais parfaitement bien rasé, cela ne change donc pas vraiment, mais mes lèvres sont gercées, la sueur a rendu mes cheveux gras et les a emmêlés. Je dois également admettre que j'ai la bouche pâteuse, ce qui n'est pas le comble de la sensualité pour un premier vrai baiser. Je me brosse les dents puis je me douche, heureux de sentir les jets d'eau chasser la sueur qui couvre mon corps depuis le début de ma fièvre. Lorsque je touche mon pénis, je me souviens de ce que mon frère lui a fait avec ses lèvres et avec ses mains habiles. Je glisse ensuite une main au bas de mon dos. Est-ce si bon que ça de le faire avec un homme, ou ma fièvre a-t-elle fait surchauffer mon corps, le rendant beaucoup plus sensible aux caresses ?

Lorsque je sors de la douche, je me sèche puis je me brosse les cheveux avec patience afin d'en défaire les nœuds. Je remarque quelques fourches au passage, il faudra que je demande à Manu de les couper à l'occasion, c'est toujours lui qui s'en occupe. Je rejoins ma chambre afin d'y chercher un boxer gris. Je m'empare de mon paquet de Marlboro et je vais sur le balcon, comme il est interdit de fumer à l'intérieur de l'appartement. Sur la petite terrasse d'environ deux mètres de profondeur, une boite de conserve vide attend mes mégots de cigarettes. J'allume une tige, heureux d'aspirer une bouffée de nicotine, et je m'accoude à la balustrade. Il n'y a pas grand-chose à admirer car un grand chêne me cache la vue des bâtiments situés en face, je peux seulement voir les enfants qui jouent dans le bac à sable.

-Que fais-tu à poil dehors alors que tu es malade, imbécile ? Et les cheveux mouillés en plus !

Je me retourne sur Manu qui me regarde, les sourcils froncés.

-J'ai ouvert la fenêtre de ta chambre et j'ai aéré les couvertures, m'annonce-t-il.

-Merci.

Il semble hésiter et finit par demander :

-Dis... Tu te souviens vraiment de ce que nous avons fait ?

-Bien sûr.

-Et ça ne te gêne pas ?

-Qu'est-ce qui est censé me gêner au juste ? de l'avoir fait avec un homme ? de m'être fait baiser par mon petit frère ?

-Chutt... Ne le dis pas comme ça ! fait Manu au comble de l'embarras.

J'éclate de rire. Comme ses joues demeurent rouges, je désigne ma cigarette et je demande :

-Tu en veux ?

Mon frère n'est pas fumeur mais parfois, il m'accompagne et tire quelques bouffées sur mes cigarettes.

-Non merci, répond-il néanmoins.

Je glisse les doigts dans ses fins cheveux châtain clair et j'explique :

-Je n'ai évidemment pas l'intention de le crier sur les toits, ça ne regarde que toi et moi, mais je n'en ai absolument pas honte et je suis même prêt à recommencer quand tu veux.

-Tu... tu es gay, toi aussi ?

Je secoue la tête. Avec un sourire goguenard, j'explique :

-Jamais je ne le ferais avec un autre mec, il n'y a que toi que j'autorise à me défoncer.

-N'utilise pas des termes aussi crus !

Ma main descend sur la joue de mon frère, qu'elle caresse délicatement. Je plonge dans les beaux yeux verts qui ne me quittent pas et je dit :

-Tu es le seul homme avec qui j'aie envie de faire l'amour.

Manu s'approche de moi. Son regard est terriblement intense mais je ne m'en détourne pas, comme hypnotisé. Il me pousse contre le mur et explique :

-Je déteste la cigarette mais j'adore fumer avec toi car c'étaient là les seuls baisers que nous pouvions partager. A présent, j'aimerais t'embrasser correctement, le puis-je ?

Je me souviens de ce qu'il m'a répondu tout à l'heure, je demande alors :

-Ne devrais-tu pas conserver tes baisers pour la personne que tu aimes uniquement ?

-C'est justement ce que j'ai fait. Peu importe la manière dont tu m'aimes, que ce soit comme un petit frère ou autre. Je sais ce que moi, je ressens.

Je laisse tomber ma cigarette à moitié fumée dans la boite de conserve et je pose mes mains sur le visage de mon frère. Je l'attire à moi comme je voulais le faire tout à l'heure. Je dépose tout d'abord un chaste baiser sur ses lèvres. Une langue timide me caresse la bouche. Je m'ouvre à elle et je lui rends ses coups. Elle est aussi taquine que lorsqu'elle m'aguichait avec son goût de fraise mais elle est nature, désormais. Pourtant, je la trouve toujours aussi délicieuse, toujours aussi douce et sucrée. Je retrousse son t-shirt bleu foncé puis je le fais passer par dessus sa tête, avide de toucher sa peau claire. La première fois que nous l'avons fait, j'étais trop affaibli pour le caresser et l'embrasser, et lui était trop gêné de faire cela avec son frère pour ajouter de la tendresse à notre relation qui se résume à un simple coït animal. Si seulement cela m'a procuré tant de plaisir, je n'ose imaginer ce que notre relation peut donner en y ajoutant des baisers, des caresses et toutes sortes de preuves de tendresse.

-Rentrons, me dit Manu. Je n'ai pas envie qu'on nous voie.

Je hoche la tête. Nous quittons le balcon, traversons le salon et rejoignons la chambre de mon frère. Si la mienne contient un joyeux désordre, une guitare, un PC, du matériel d'enregistrement, des CD ainsi que des piles de vêtements que j'ai toujours la flemme de ranger en sachant que je devrai les ressortir du placard à un moment ou à un autre, celle de mon frère est impeccablement rangée, ses livres sont alignés, sa collection de figurines de motos est parfaitement époussetée sur une étagère et aucun vêtement, qu'il soit propre ou sale, ne traîne nulle part.

Je le pousse sur le lit sans aucune délicatesse et je chevauche ses cuisses. Je me penche sur son cou et tout en y déposant des baisers, je glisse une main au bas de ses reins. Je caresse le tatouage que je devine sous ma main et je chuchote :

-Je n'ai jamais osé te le dire avant mais aujourd'hui, il faut quand-même que tu saches que le mec qui t'as fait ce tatouage est nul. Honnêtement, je n'ai jamais vu une clé de sol aussi moche, on dirait un « J ».

Contre toute attente, Manu éclate de rire. Il pose ses mains sur mes épaules et il m'attire dans ses bras avec tendresse tout en caressant mes cheveux. Une fois qu'il est calmé, il essuie ses larmes de rire et explique :

-C'est précisément un « J », c'est sans doute pour cette raison que ça y ressemble.

-Pardon ?

Il prend mon bras droit, caresse le tatouage qui en fait le tour du poignet.

-Ta passion, dans la vie, c'est la musique. Tu y consacres ta vie, ton énergie et tout ton cœur. Moi, il n'y a qu'à toi que je veuille consacrer ma vie, mon énergie et mon cœur... d'où ce « J » qui est la première lettre de ton prénom.

Au comble de la surprise, je ne peux pas m'empêcher de faire remarquer :

-Mais... tu as fait faire ce tatouage avant même que je vienne vivre ici.

-En effet.

Je n'ose pas lui demander depuis combien de temps il éprouve ces sentiments pour moi. Je me contente de poser la joue sur sa poitrine et d'écouter ce cœur qui bat pour moi, la main posée sur le tatouage. Je me sens bien au creux de ces bras d'homme, étendu sur ce corps d'homme avec ces mains d'homme qui caressent mes cheveux. J'ai du mal à croire qu'il m'aime autant et que je n'aie jamais rien remarqué. Jamais je n'ai spécialement eu envie de le toucher et la seule fois où je l'ai serré dans mes bras a été lorsqu'il a pleuré la mort de notre chien, j'avais alors seize ans et lui en avait quatorze. Nous avons toujours été complices mais jamais tactiles. Nous nous sommes déjà vus nus un nombre incalculable de fois mais jamais je ne me suis attardé sur son apparence physique. Pourtant, aujourd'hui, je meurs d'envie de lui ôter son short et de caresser chaque partie de son corps avec tendresse. Je ne me sens pas exactement capable de lécher et rendre hommage à ce membre qui m'a procuré tant de plaisir, il faut dire que je n'ai jamais touché d'autre pénis que le mien, mais je sais que ce n'est qu'une question d'habitude et que quoi qu'il en soit, ce sexe d'homme ne me dérange pas. Je nous débarrasse alors de nos vêtements restants et j'observe le pénis de Manu. Il me prend par les cheveux et attire mon visage au niveau du sien et s'exclamant :

-Ne regarde pas ainsi, imbécile ! C'est gênant.

J'allonge mon corps tout contre le sien, je repousse une mèche de cheveux presque blonde qui se promène sur son front et je fixe ses beaux yeux verts.

-Tout à l'heure, je t'ai dit que je t'aimais car tu étais mon petit frère adoré. C'est la vérité, tu es mon frère. Et c'est la vérité, tu es ce que j'ai de plus important. J'ignore comment on définit l'amour, j'ignore comment on le quantifie ou on le qualifie. Tout ce que je sais, c'est que j'ai toujours rêvé d'être un grand frère exemplaire pour toi, j'ai toujours rêvé de te protéger, je voulais que tu sois fier de moi. Malheureusement, tu as pu te rendre compte par toi-même que je suis bête, profiteur, bon à rien... De nous deux, c'est toi le grand frère, tu es cent fois plus mature et plus posé que moi. Et puis... j'ignore ce qu'il m'est arrivé, j'ignore si apprendre que tu étais gay et brûler d'une telle fièvre m'ont donné envie de toi, j'ignore si j'ai toujours ressenti cela de manière inconsciente, j'ignore si cette fièvre m'a rendu complètement fou et si je redeviendrai celui que j'étais avant... J'ignore tout cela, mais je sais que j'ai envie de te faire des trucs qu'on ne fait habituellement pas entre frères.

Manu secoue la tête.

-Ce n'est pas grave si tu redeviens celui que tu étais avant, ce n'est pas grave si tu ne veux plus de moi dans une heure, un jour ou une semaine car pour moi, cette heure, ce jour ou cette semaine seront les plus beaux que j'aie jamais vécu.

-J'étais sincère, tout à l'heure, lorsque j'ai dit que si j'étais en couple avec toi, je n'aurais ni l'envie ni le besoin de rencontrer des femmes, et que je n'accepterais pas non plus que tu le fasses. Alors sommes-nous un couple ?

-T'imagines-tu en couple avec ton frère ? me demande Manu avec défi.

-Non, mais à vrai dire, ça ne m'intéresse pas non plus de l'imaginer. Ce que je veux, c'est le vivre.

Il rougit.

-De nous deux, c'est moi le profiteur, tu sais. J'ai sauté sur l'occasion lorsque tu as eu besoin que je t'héberge, et si tu avais réussi à te débrouiller financièrement, j'aurais trouvé un moyen pour te garder auprès de moi... parce que dans ma tête, cela fait bientôt cinq ans que nous vivons en couple.

Je ne peux pas m'empêcher de me moquer en le voyant aussi gêné.

-En effet, quel vilain profiteur tu fais...

Je suis heureux en voyant un sourire naître sur ses lèvres. Je me rends alors compte que j'ai toujours aimé le voir sourire, j'ai toujours voulu qu'il soit heureux.

-Tu es injuste avec toi-même, me dit-il d'une voix tendre. Tu te trompes complètement. Je n'aurais voulu d'aucun autre grand frère. Pour moi, tu as toujours été le grand frère le plus cool du monde. Lorsque mes copains de classe te regardaient jouer de la guitare à la fête de l'école, ou au théâtre du collège et du lycée, et qu'ils me demandaient « C'est lui, ton frère ? » avec des cris de stupéfaction et d'admiration, je ne pouvais pas m'empêcher d'être fier. Tu n'es pas non plus un bon à rien, tu es un merveilleux guitariste, et tu es un compositeur de génie ! Tu cuisines divinement bien et j'en ai l'eau à la bouche lorsque je passe la porte, en rentrant du travail, et que je sens l'odeur de ton gratin de potiron.

-J'essayerai de trouver un travail, moi aussi.

-Je parviens à gérer financièrement, ne t'en fais pas, répond Manu.

-Je ne veux pas avoir le statut de femme au foyer entretenue.

Mon frère glisse ses doigts dans ma toison pectorale.

-Il y a peu de chances qu'on te prenne jamais pour une femme.

Je ferme les yeux. Cette main qui me caresse le torse m'aurait-elle fait autant d'effet si elle m'avait caressé il y a une semaine ? Me fera-t-elle toujours autant d'effet lorsqu'elle me caressera dans une semaine ? J'ignore la réponse à ces questions. Je sais seulement que pour une fois, j'hésite à être égoïste, j'hésite à me blottir dans ces bras aimants en me disant que demain importe peu. Je sais toutefois que ma fièvre est tombée et que je me sens incroyablement bien allongé contre ce corps d'homme.

Je me penche sur lui, je plonge dans ses beaux yeux verts si brillants et je murmure avec émotion :

-Je t'aime, petit frère.

Il me sourit, il prend mon visage entre ses mains et l'attire dans un doux baiser. J'ignore ce qu'il adviendra de notre relation mais je sais qu'aujourd'hui, nous sommes heureux tous les deux. J'ai trouvé les seuls bras dans lesquels je veuille me blottir sans pudeur ni honte. Je ferme alors les yeux et je réponds à ce baiser tendre. En sentant deux bras se nouer autour de ma nuque, deux mains jouer dans mes cheveux, je comprends alors pourquoi deux frères en viennent à devenir amants. Nous serons peut-être tabous aux yeux de la sociétés mais je sais que notre destin, lui, savait que notre amour serait tel que nous ne nous satisferions pas d'être ensemble pendant dix, vingt ou trente ans et que nous aurions besoin d'être ensemble depuis toujours et pour toujours. Je crois enfin à cette phrase si cliché et je sais que c'est la vérité, je le sais : j'ai toujours aimé Manu et je l'aimerai toujours.