La littérature yaoi

07 septembre 2013

Un goût de fraise

Bonjour,


Je tiens à partager avec vous cette histoire courte que j'ai écrite. Je la publierai peut-être un jour dans un reccueil d'histoires courtes, je l'ignore... J'espère qu'elle vous plaira.

 

Un goût de fraise

 

« Avant, je jouais à être hétéro. Maintenant, je joue à être heureux. C'est fou comme je préfère être heureux !

Si cela vous dérange, je ne vous retiens pas. »

 

Voilà le statut que mon petit frère a posté hier soir sur Facebook. Enfin, pour moi, ça ne change rien, je le savais déjà... En réalité, je l'ai appris dimanche, lorsque nous sommes allés manger chez nos parents et que mon frère a décidé de faire son coming out. A ce moment-là, je n'ai rien répondu. Après tout, en quoi cela me concerne-t-il ? Manu peut bien coucher avec qui il en a envie, tomber amoureux de qui il veut, tant que cette personne le rend heureux, je n'ai rien à en redire. Mon père n'a rien répondu non plus. Je pense qu'il était surpris, et puis il faut bien avouer que ce n'est pas un grand bavard et qu'il a tendance à tout garder pour lui. En revanche, ma mère, assistante sociale, a demandé à Manu pourquoi il était ainsi, elle lui a sorti qu'en général, les hommes devenaient homosexuels lorsqu'ils souffraient d'un désordre affectif, mais que nous vivions dans une famille aimante et unie, qu'il était impossible que l'un de nous souffrît de ce type de désordre. Manu lui a clairement fait comprendre qu'il ne s'agissait plus de statistiques mais de son fils cadet, et que s'il pouvait répondre à toutes ses questions, il lui était en revanche impossible de lui expliquer pourquoi car il ne connaissait pas et se fichait de l'explication. C'était la première fois que je voyais mon frère parler ainsi à notre mère. A vrai dire, c'était même la première fois que je le voyais parler ainsi à qui que ce soit, lui qui est habituellement si introverti.

 

J'ai vingt-neuf ans, je suis guitariste. Je suis assez grand et fortement charpenté, j'ai la peau légèrement mâte, les yeux marron et de longs cheveux bruns bouclés jusqu'au milieu du dos. Manu, lui, a vingt-sept ans, il est comptable. Il a les yeux verts, des cheveux châtain clair courts qui virent au blond au soleil, il est assez svelte et sa peau est peau relativement claire. La seule note de fantaisie, chez lui, est le tatouage qu'il porte au bas du dos et qui représente les cinq lignes d'une portée musicale sur lesquelles repose une clé de sol. J'ai le même tatouage autour de mon poignet droit, Manu a dû le copier sur le mien. La seule différence entre nos deux tatouages est que la clé de sol du sien est très mal faite, elle ressemble davantage à la lettre « J » tracée de manière calligraphiée, mais je n'ai jamais eu le cœur de le lui dire. Nous ne nous ressemblons pas beaucoup, pour deux frères, mais nous nous sommes toujours très bien entendus. Il faut admettre que Manu est très conciliant. Grâce à son bon caractère, je ne crois pas que nous nous soyons disputés sérieusement une seule fois.

Il y a cinq ans, j'ai décidé de devenir guitariste. J'en avais assez d'être serveur dans le restaurant d'un hôtel, je voulais faire ce qui me plaisait. Percer dans le milieu de la musique n'est évidemment pas donné à tout le monde, et je n'ai malheureusement pas fait exception. Je me suis bientôt retrouvé sans le sou, incapable de payer mon loyer. Acculé, j'ai demandé à mon frère de m'héberger le temps que je trouve une solution. Cela fait désormais bientôt cinq ans que nous vivons ensemble. Je n'ai toujours pas trouvé de solution mais cela ne semble pas déranger Manu qui adore m'écouter jouer de la guitare.

 

Tout va pour le mieux, notre colocation se déroule parfaitement bien. L'appartement est assez grand pour nous deux et nous y avons chacun notre chambre. Je ramène parfois une fille pour la nuit, mon frère m'a dit que cela ne le dérangeait pas. Je n'aime pas les relations suivies mais il faut bien s'amuser de temps en temps. Jusqu'à dimanche, je trouvais étrange que mon frère n'en ramène jamais, je me disais qu'il était pourtant beau gosse et que même s'il était trop timide pour oser aborder une fille, certaines devaient bien faire le premier pas. Je comprends désormais qu'il n'a jamais ramené de filles car ça ne l'intéresse pas et parce qu'il ne voulait sûrement pas me montrer qu'il aimait les hommes. Je lui en veux un peu de n'avoir pas cru assez en moi pour me faire confiance mais je comprends sa crainte de perdre ceux à qui il tient.

 

Depuis deux jours, Manu est en congés d'été. A chaque fois qu'il ne travaille pas le lendemain, nous jouons à la console pendant toute la nuit. Mon petit frère ne gagne pas très souvent mais heureusement pour moi, il est bon perdant.

Nous pourrions être en ce moment-même occupés à nous affronter dans un jeu de combat, mais alors pourquoi suis-je cloué au lit, transpirant de chaud et grelottant de froid en même temps ? Pourquoi mon corps est-il si affaibli que je peux à peine sortir un bras du lit pour me gratter la nuque ? Le médecin est venu hier, il m'a prescrit quelques médicaments afin de faire baisser ma fièvre mais il a surtout insisté sur la quantité d'eau que je devais boire afin de ne pas me déshydrater. Depuis hier, Manu veille donc sur moi et régulièrement, il boit une gorgée d'eau qu'il recrache dans ma bouche. Il adore les glaces à la fraise, il en consomme plusieurs par jour, je peux alors sentir son goût de fraise à chaque fois qu'il m'abreuve. Il a déjà essayé de me faire boire de manière plus traditionnelle mais mes mains sont incapables de tenir le verre d'eau et je ne peux de toute manière pas me redresser suffisamment pour boire.

J'entrouvre les yeux. Assis sur une chaise installée à côté de mon lit, mon frère veille sur moi. Il est vêtu d'un débardeur bleu largement échancré et d'un short. Un de ses pieds nus est posé sur la chaise sur laquelle il est assis. Son bras gauche, enroulé autour de sa jambe pliée, tient un livre tandis que sa main droite offre à sa bouche un bâtonnet glacé à la fraise. J'aime les petits coups de langue qu'il donne dans la crème glacée, j'aime le voir se lécher les lèvres lorsqu'une goutte y fond trop précipitamment, j'aime le voir faire passer l'intégralité de la glace à l'intérieur de sa bouche avant de l'en ressortir et de soupirer de délectation.

Je me pourlèche les lèvres avec envie. Mon geste n'a pas échappé à Manu qui me demande d'une voix inquiète :

-Tu as soif ?

Sans attendre de réponse, il pose son livre sur la table de chevet, il dépose son bâtonnet glacé sur une coupelle prévue à cet effet puis il boit une gorgée d'eau. Il se penche sur moi. J'ouvre la bouche dans l'attente de ces lèvres au goût de fraise. Je ne peux pas m'empêcher de les lécher. Mon frère se méprend sur mon geste.

-Encore ? s'enquiert-il.

Je secoue la tête comme je n'ai plus soif mais mes lèvres me trahissent et répondent :

-S'il te plaît.

Il prend à nouveau de l'eau dans sa bouche, il se penche sur moi et doucement, il laisse couler l'eau entre mes lèvres. Ma langue rencontre à nouveau ses lèvres douces et parfumées. J'ignore pourquoi depuis quelque temps, ce goût de fraise m'excite, peut-être parce que je sais ce que mon frère fait subir au bâtonnet avec cette bouche qui m'abreuve. Je me souviens également que depuis hier, il a plusieurs fois passé un linge humide sur mon corps fébrile afin d'en chasser la sueur. Dans mon esprit délirant, je pensais parfois que c'était sa langue douce et humide qu'il faisait glisser sur mon corps et au lieu de me révulser, cette idée me plaisait au plus haut point.

Mon frère repousse mes cheveux qui ont collé à mon front et il me demande :

-Tu as encore soif ?

Je sors un bras de sous la couverture, je prends la main de mon frère et je l'attire sous la couverture, au niveau de mon entrejambe en disant d'une voix rauque :

-Ce n'est pas la soif, mon problème.

Lorsque sa main fraîche frôle mon érection brûlante, je me rends compte qu'il ne m'a pas rhabillé après avoir la dernière fois qu'il a passé le linge sur mon corps, peut-être parce que cela aurait été mon quatrième pyjama de la journée. Il se recule, surpris.

-José, me dit-il, ce n'est pas parce que je veille sur toi alors que tu es malade que je vais te faire ce genre de chose.

-Pourquoi ? J'ai envie de sentir tes mains, ta bouche sur moi. Je crève d'envie que tu me touches.

-Ce sont ton corps et ton esprit enfiévrés qui t'en donnent envie, c'est tout. Ça ne veut pas dire que tu aies réellement envie de moi. De plus, comment pourrais-je toucher à mon frère malade ?

Comme je n'ai pas lâché sa main, je l'attire plus près de moi.

-Je bande comme un fou dès que tu me donnes à boire. Je crois que tu as conditionné mon corps à réagir à ce goût de fraise, le goût de tes lèvres. Manu, j'ai envie de toi. S'il te plaît, ne me repousse pas...

Mon frère laisse échapper un long soupir.

-Comment peux-tu me demander une chose pareille ? grommelle-t-il. En plus de ça, je suis sûr que tu ne vas même plus t'en souvenir...

Il ôte la couverture qu'il a posée sur moi et il dit :

-Préviens-moi si tu as froid.

-Si tu me touches, il y a peu de chances que j'aie froid.

Il secoue la tête, comme s'il me trouvait absurde mais je sais qu'il est amusé d'après la lueur qui brille dans ses yeux verts. Il s'installe entre mes jambes, il me lance un regard qui me prévient qu'il est bientôt trop tard pour changer d'avis, et comme je me contente de lui sourire, il se penche sur mon érection qu'il lèche de haut en bas, puis de bas en haut. Un long frisson parcourt mon échine tandis qu'un gémissement s'échappe de mes lèvres. Jamais encore je n'avais ressenti un tel plaisir. Un souffle frais frôle mon pénis brûlant, la pointe d'une langue en taquine l'extrémité avant de le parcourir à nouveau de la base au sommet. Je sens bientôt mon frère me prendre entièrement dans sa bouche. Comme je commence à être humide, Manu lèche la goutte qui vient de se poser sur sa lèvre inférieure. J'ai l'impression d'être le bâton de glace auquel il faisait subir tant de choses terriblement excitantes avec sa bouche. Que c'est bon, cette sensation, cette chaleur, cette humidité, cette douceur. Je ferme les yeux. Mon cœur bat à cent à l'heure. Mon corps se couvre de frissons. En sentant que je suis sur le point de jouir, je m'écrie :

-Ah... Manu, recule ! Je viens...

Au lieu de m'obéir, mon frère me prend par le bassin afin de m'empêcher de me mouvoir. Il aspire sur mon pénis prisonnier de sa bouche. Je pousse un long gémissement semblable à un cri d'agonie, croyant devenir fou. A bout de souffle, j'observe celui qui m'a offert la meilleure fellation de ma vie. J'ignore si cela vient de sa technique ou de la fièvre qui me rend plus sensible mais je suis sûr d'une chose : je n'ai jamais eu autant de plaisir. Manu me rend mon regard, un petit sourire aux lèvres, puis sa langue quitte mon pénis qui n'a pas encore eu le temps de débander. La petite pointe rose si douce descend plus bas, jusqu'à tenter de se faufiler en moi. A bout de souffle, le corps aussi faible que celui d'une poupée de chiffon, je ne proteste pas. Après tout, s'il veut me lécher partout comme je me l'imaginais lorsqu'il utilisait le linge sur mon corps, je ne m'en plaindrai certainement pas. Des mains douces soulèvent mes jambes et les plaquent contre ma poitrine tandis que la langue continue à glisser en moi. Je déglutis en me rendant compte de la situation mais je suis dans l'incapacité d'arrêter Manu. J'ignore si je manque de force ou si ma fièvre me donne envie de continuer au delà de ce que j'ai déjà expérimente, je sais juste que je ne réagis pas, je me contente de me laisser faire. Un doigt humide de salive glisse en moi. Suis-je trop affaibli pour ressentir une quelconque douleur ? A moins que je ne sois trop excité ? Je pousse un petit grognement, heureux de sentir ce doigt fouiller mon intimité, effectuer des va-et-viens de plus en plus rapides. Mon pénis n'a pas eu le temps de débander qu'il durcit de plus belle. Un deuxième doigt fait son entrée en moi puis il commence à se mouvoir, tout d'abord doucement puis plus rapidement. Je ne peux pas m'empêcher de gémir :

-Manu, c'est super bon...

-Je crois que je n'ai jamais été aussi excité de ma vie, admet mon frère.

Je ferme les yeux lorsque je sens un pénis humide se poser contre mon entrée intime. Je serre les dents, prêt à lutter contre la douleur. A ce moment-là, Manu se penche afin que son visage soit au dessus du mien et il dit d'une voix douce :

-Non, ne te raidis pas. Détends-toi, laisse-toi aller.

-Alors excite-moi avec ton goût de fraise.

Amusé, il tend la main en direction du bâtonnet qui a presque entièrement fondu. Il se hâte de mettre un morceau de glace dans sa bouche avant que celui-ci ne glisse de ses doigts et ne tombe au sol, il se lèche les lèvres et les pose sur les miennes. Mon cœur fait un bond dans ma poitrine tandis que la crème fondue coule à l'intérieur de ma bouche. Je tends ma langue à la rencontre de celle qui retient ce goût si excitant, je la caresse, je lui vole un morceau de chocolat qui enrobait la glace, je la suce comme si elle était elle-même un bâtonnet qui n'était destiné qu'à moi seul. Tout occupé à ma dégustation, il est trop tard pour avoir peur et me crisper lorsque je sens Manu me pénétrer. Il pousse un long soupir qui me brûle presque la langue.

-José, c'est si chaud à l'intérieur de toi. C'est tellement bon...

Je m'accroche à son débardeur lorsqu'il entreprend de mouvoir son bassin. Les sensations qui me traversent sont indescriptibles, je me demande s'il est possible de mourir de plaisir. Jamais encore je n'avais vu la lueur qui brille dans les yeux verts, juste au dessus de moi. Je redécouvre cet homme que je vois pourtant tous les jours depuis vingt-sept ans, je me surprends à le trouver beau, à trouver ses lèvres attirantes, à vouloir caresser son corps svelte dont la peau semble si douce. J'ignore si la fièvre me donne autant envie de sexe, ou si mon plaisir provient de l'homme qui va et qui vient dans mon corps. Je ne parviens pas à réprimer mes gémissements de plaisir.

-Manu, continue comme ça, c'est trop bon...

-Pour moi aussi, répond mon frère sans cesser ses mouvements. Tu es tellement chaud, j'ai l'impression que je vais fondre à l'intérieur de toi.

Il lèche une de ses mains et enroule ses doigts humides autour de mon érection, qu'il entreprend de caresser au rythme de ses coups de reins.

-Ahhhh !! Manu, arrête, tu me rends dingue !!

-Ça te plaît à ce point ?

Essoufflé, je me contente de hocher la tête pour toute réponse, je sais bien que je ne suis plus en état de formuler une phrase cohérente, mon corps et mon cerveau fondent, terrassés par la fièvre et le plaisir. Mon frère s'empare de la coupelle dans laquelle le bâtonnet glacé a fondu. Il la lèche, la repose, et m'offre sa langue que je me précipite pour sucer et lécher avec délectation. Tout cela m'excite tellement, mes reins me brûlent, mes hanches effectuent d'elles-mêmes des mouvements de va-et-vient afin de sentir davantage Manu, j'aimerais qu'il entre au plus profond de moi et n'en sorte jamais. L'espace d'un instant, je me demande s'il est possible de conserver sa santé mentale en expérimentant un plaisir aussi intense. Mon corps de plus en plus brûlant se tend comme jamais. Au dessus de moi, mon frère ferme les yeux, son visage se détend complètement, et je songe qu'il est le plus bel homme du monde.

-José, je ne tiens plus, ton corps est trop bon, chuchote-t-il à mon oreille. Je vais jouir.

-Moi aussi je vais...

Ma voix se casse dans un long gémissement rauque, m'empêchant de terminer ma phrase. Une tempête d'une intensité incroyable m'emporte au large, là où je n'ai plus pieds.

 

 

Lorsque j'ouvre les yeux, Manu est toujours assis sur la chaise, son livre dans les mains. J'ignore depuis combien de temps je suis alité, j'ai l'impression que cela fait une éternité. Je me souviens m'être réveillé plusieurs fois, tantôt grelottant, tantôt transpirant à grosses gouttes. Inquiet, mon frère a même failli appeler une ambulance. J'observe la couverture du livre qu'il lit. Elle indique « Première fois ». Je m'enquiers alors :

-C'est bien, ce que tu lis ?

Manu sursaute, je l'ai surpris. Il hausse des épaules et répond :

-Oui, j'aime bien.

-De quoi ça parle ?

-Le héros de l'histoire, Eliott, fait son coming out auprès de ses amis. Comme il l'avait prévu, il en perd beaucoup mais étrangement, ceux qui restent ne sont pas forcément ceux sur lesquels il aurait parié. Parmi ceux-là, il y en a deux qui lui font des propositions, Travis et Gordon. Ils ne sont pas gays mais sont simplement curieux du sexe avec un homme. Au début, Eliott refuse, prétextant qu'il n'est pas un cobaye, mais il finit par accepter leurs propositions... pas avec les deux à la fois, hein !

Comme je souris, Manu poursuit :

-Une fois qu'ils l'ont fait, Travis s'éloigne et ne donne quasiment plus de nouvelles tandis que Gordon ne cesse de demander à Eliott pour recommencer. Ils finissent par vivre en couple. Gordon cherche parfois des femmes mais Eliott ferme les yeux, conscient de la chance qu'il a d'être en couple avec quelqu'un.

-C'est insensé de tolérer ce genre de comportement. Si tu es avec quelqu'un, tu ne vas pas draguer ailleurs !

Manu affiche un sourire amusé.

-C'est différent pour nous couples gays. Après tout, nous sommes des hommes, nous avons un fort appétit sexuel, et puis tant que le cœur de notre partenaire reste à nos côtés...

Choqué, je m'écrie :

-J'espère que tous les couples gays ne pensent pas comme ça ! Un couple, c'est à deux que ça se passe. Si j'étais en couple avec toi, je n'aurais ni le besoin ni l'envie de me taper une femme, et je ne te laisserais pas le faire non plus !

-Pourquoi parles-tu de nous deux ? demande mon frère en rougissant.

Je prends Manu par le poignet et je l'attire sur le lit. A quatre pattes au dessus de moi, il me regarde. Il semble perdu. Je caresse ses joues et je réponds :

-Après ce que nous avons fait, je peux au moins nous citer en exemple, non ?

-Tu... Tu t'en souviens ?

Le visage de mon frère vire au cramoisi.

-Bien sûr, comment pourrais-je oublier la meilleure nuit de ma vie.

-Ce n'était pas la nuit.

-Peu importe...

J'attire son visage afin de m'emparer tendrement de ses lèvres mais il se dégage et saute du lit.

-Tu devrais conserver tes baisers pour la personne que tu aimes uniquement.

-Tu es mon petit frère adoré, évidemment que je t'aime.

-Ce n'est pas de ce genre d'amour que je parle.

Comme Manu est sur le point de quitter la chambre, je demande :

-Donne-moi à boire s'il te plaît.

Il rejoint la table de chevet, il remplit à moitié le verre d'eau mais au lieu de le porter à ses lèvres pour me faire boire, il me le tend.

-Tiens, dit-il. Tu as l'air d'aller mieux.

Pour toute réponse, je me redresse. Je m'empare du verre, je bois puis je le lui rends dans un simple « merci ».

 

Mon frère ne se fait pas prier et sort de la chambre. Je me demande ce qu'il fuit. Peut-être aurait-il préféré que je ne me souvienne de rien. Après tout, il s'est tout de même laissé tenter par son frère malade. Tel que je le connais, il n'est sûrement pas très fier de lui. Je repousse les couvertures et je me lève, réprimant un cri. Tout mon corps est perclus de douleur. J'ignore si cela provient de ma fièvre ou de ce que j'ai partagé avec Manu. J'ôte les draps trempés du lit et je me rends à la salle de bains, où je les bourre à l'intérieur du lave-linge. En croisant mon reflet dans le miroir, je sursaute. Amusé, je songe que je comprends finalement pourquoi Manu a pris ses jambes à son cou. Je ne suis jamais parfaitement bien rasé, cela ne change donc pas vraiment, mais mes lèvres sont gercées, la sueur a rendu mes cheveux gras et les a emmêlés. Je dois également admettre que j'ai la bouche pâteuse, ce qui n'est pas le comble de la sensualité pour un premier vrai baiser. Je me brosse les dents puis je me douche, heureux de sentir les jets d'eau chasser la sueur qui couvre mon corps depuis le début de ma fièvre. Lorsque je touche mon pénis, je me souviens de ce que mon frère lui a fait avec ses lèvres et avec ses mains habiles. Je glisse ensuite une main au bas de mon dos. Est-ce si bon que ça de le faire avec un homme, ou ma fièvre a-t-elle fait surchauffer mon corps, le rendant beaucoup plus sensible aux caresses ?

Lorsque je sors de la douche, je me sèche puis je me brosse les cheveux avec patience afin d'en défaire les nœuds. Je remarque quelques fourches au passage, il faudra que je demande à Manu de les couper à l'occasion, c'est toujours lui qui s'en occupe. Je rejoins ma chambre afin d'y chercher un boxer gris. Je m'empare de mon paquet de Marlboro et je vais sur le balcon, comme il est interdit de fumer à l'intérieur de l'appartement. Sur la petite terrasse d'environ deux mètres de profondeur, une boite de conserve vide attend mes mégots de cigarettes. J'allume une tige, heureux d'aspirer une bouffée de nicotine, et je m'accoude à la balustrade. Il n'y a pas grand-chose à admirer car un grand chêne me cache la vue des bâtiments situés en face, je peux seulement voir les enfants qui jouent dans le bac à sable.

-Que fais-tu à poil dehors alors que tu es malade, imbécile ? Et les cheveux mouillés en plus !

Je me retourne sur Manu qui me regarde, les sourcils froncés.

-J'ai ouvert la fenêtre de ta chambre et j'ai aéré les couvertures, m'annonce-t-il.

-Merci.

Il semble hésiter et finit par demander :

-Dis... Tu te souviens vraiment de ce que nous avons fait ?

-Bien sûr.

-Et ça ne te gêne pas ?

-Qu'est-ce qui est censé me gêner au juste ? de l'avoir fait avec un homme ? de m'être fait baiser par mon petit frère ?

-Chutt... Ne le dis pas comme ça ! fait Manu au comble de l'embarras.

J'éclate de rire. Comme ses joues demeurent rouges, je désigne ma cigarette et je demande :

-Tu en veux ?

Mon frère n'est pas fumeur mais parfois, il m'accompagne et tire quelques bouffées sur mes cigarettes.

-Non merci, répond-il néanmoins.

Je glisse les doigts dans ses fins cheveux châtain clair et j'explique :

-Je n'ai évidemment pas l'intention de le crier sur les toits, ça ne regarde que toi et moi, mais je n'en ai absolument pas honte et je suis même prêt à recommencer quand tu veux.

-Tu... tu es gay, toi aussi ?

Je secoue la tête. Avec un sourire goguenard, j'explique :

-Jamais je ne le ferais avec un autre mec, il n'y a que toi que j'autorise à me défoncer.

-N'utilise pas des termes aussi crus !

Ma main descend sur la joue de mon frère, qu'elle caresse délicatement. Je plonge dans les beaux yeux verts qui ne me quittent pas et je dit :

-Tu es le seul homme avec qui j'aie envie de faire l'amour.

Manu s'approche de moi. Son regard est terriblement intense mais je ne m'en détourne pas, comme hypnotisé. Il me pousse contre le mur et explique :

-Je déteste la cigarette mais j'adore fumer avec toi car c'étaient là les seuls baisers que nous pouvions partager. A présent, j'aimerais t'embrasser correctement, le puis-je ?

Je me souviens de ce qu'il m'a répondu tout à l'heure, je demande alors :

-Ne devrais-tu pas conserver tes baisers pour la personne que tu aimes uniquement ?

-C'est justement ce que j'ai fait. Peu importe la manière dont tu m'aimes, que ce soit comme un petit frère ou autre. Je sais ce que moi, je ressens.

Je laisse tomber ma cigarette à moitié fumée dans la boite de conserve et je pose mes mains sur le visage de mon frère. Je l'attire à moi comme je voulais le faire tout à l'heure. Je dépose tout d'abord un chaste baiser sur ses lèvres. Une langue timide me caresse la bouche. Je m'ouvre à elle et je lui rends ses coups. Elle est aussi taquine que lorsqu'elle m'aguichait avec son goût de fraise mais elle est nature, désormais. Pourtant, je la trouve toujours aussi délicieuse, toujours aussi douce et sucrée. Je retrousse son t-shirt bleu foncé puis je le fais passer par dessus sa tête, avide de toucher sa peau claire. La première fois que nous l'avons fait, j'étais trop affaibli pour le caresser et l'embrasser, et lui était trop gêné de faire cela avec son frère pour ajouter de la tendresse à notre relation qui se résume à un simple coït animal. Si seulement cela m'a procuré tant de plaisir, je n'ose imaginer ce que notre relation peut donner en y ajoutant des baisers, des caresses et toutes sortes de preuves de tendresse.

-Rentrons, me dit Manu. Je n'ai pas envie qu'on nous voie.

Je hoche la tête. Nous quittons le balcon, traversons le salon et rejoignons la chambre de mon frère. Si la mienne contient un joyeux désordre, une guitare, un PC, du matériel d'enregistrement, des CD ainsi que des piles de vêtements que j'ai toujours la flemme de ranger en sachant que je devrai les ressortir du placard à un moment ou à un autre, celle de mon frère est impeccablement rangée, ses livres sont alignés, sa collection de figurines de motos est parfaitement époussetée sur une étagère et aucun vêtement, qu'il soit propre ou sale, ne traîne nulle part.

Je le pousse sur le lit sans aucune délicatesse et je chevauche ses cuisses. Je me penche sur son cou et tout en y déposant des baisers, je glisse une main au bas de ses reins. Je caresse le tatouage que je devine sous ma main et je chuchote :

-Je n'ai jamais osé te le dire avant mais aujourd'hui, il faut quand-même que tu saches que le mec qui t'as fait ce tatouage est nul. Honnêtement, je n'ai jamais vu une clé de sol aussi moche, on dirait un « J ».

Contre toute attente, Manu éclate de rire. Il pose ses mains sur mes épaules et il m'attire dans ses bras avec tendresse tout en caressant mes cheveux. Une fois qu'il est calmé, il essuie ses larmes de rire et explique :

-C'est précisément un « J », c'est sans doute pour cette raison que ça y ressemble.

-Pardon ?

Il prend mon bras droit, caresse le tatouage qui en fait le tour du poignet.

-Ta passion, dans la vie, c'est la musique. Tu y consacres ta vie, ton énergie et tout ton cœur. Moi, il n'y a qu'à toi que je veuille consacrer ma vie, mon énergie et mon cœur... d'où ce « J » qui est la première lettre de ton prénom.

Au comble de la surprise, je ne peux pas m'empêcher de faire remarquer :

-Mais... tu as fait faire ce tatouage avant même que je vienne vivre ici.

-En effet.

Je n'ose pas lui demander depuis combien de temps il éprouve ces sentiments pour moi. Je me contente de poser la joue sur sa poitrine et d'écouter ce cœur qui bat pour moi, la main posée sur le tatouage. Je me sens bien au creux de ces bras d'homme, étendu sur ce corps d'homme avec ces mains d'homme qui caressent mes cheveux. J'ai du mal à croire qu'il m'aime autant et que je n'aie jamais rien remarqué. Jamais je n'ai spécialement eu envie de le toucher et la seule fois où je l'ai serré dans mes bras a été lorsqu'il a pleuré la mort de notre chien, j'avais alors seize ans et lui en avait quatorze. Nous avons toujours été complices mais jamais tactiles. Nous nous sommes déjà vus nus un nombre incalculable de fois mais jamais je ne me suis attardé sur son apparence physique. Pourtant, aujourd'hui, je meurs d'envie de lui ôter son short et de caresser chaque partie de son corps avec tendresse. Je ne me sens pas exactement capable de lécher et rendre hommage à ce membre qui m'a procuré tant de plaisir, il faut dire que je n'ai jamais touché d'autre pénis que le mien, mais je sais que ce n'est qu'une question d'habitude et que quoi qu'il en soit, ce sexe d'homme ne me dérange pas. Je nous débarrasse alors de nos vêtements restants et j'observe le pénis de Manu. Il me prend par les cheveux et attire mon visage au niveau du sien et s'exclamant :

-Ne regarde pas ainsi, imbécile ! C'est gênant.

J'allonge mon corps tout contre le sien, je repousse une mèche de cheveux presque blonde qui se promène sur son front et je fixe ses beaux yeux verts.

-Tout à l'heure, je t'ai dit que je t'aimais car tu étais mon petit frère adoré. C'est la vérité, tu es mon frère. Et c'est la vérité, tu es ce que j'ai de plus important. J'ignore comment on définit l'amour, j'ignore comment on le quantifie ou on le qualifie. Tout ce que je sais, c'est que j'ai toujours rêvé d'être un grand frère exemplaire pour toi, j'ai toujours rêvé de te protéger, je voulais que tu sois fier de moi. Malheureusement, tu as pu te rendre compte par toi-même que je suis bête, profiteur, bon à rien... De nous deux, c'est toi le grand frère, tu es cent fois plus mature et plus posé que moi. Et puis... j'ignore ce qu'il m'est arrivé, j'ignore si apprendre que tu étais gay et brûler d'une telle fièvre m'ont donné envie de toi, j'ignore si j'ai toujours ressenti cela de manière inconsciente, j'ignore si cette fièvre m'a rendu complètement fou et si je redeviendrai celui que j'étais avant... J'ignore tout cela, mais je sais que j'ai envie de te faire des trucs qu'on ne fait habituellement pas entre frères.

Manu secoue la tête.

-Ce n'est pas grave si tu redeviens celui que tu étais avant, ce n'est pas grave si tu ne veux plus de moi dans une heure, un jour ou une semaine car pour moi, cette heure, ce jour ou cette semaine seront les plus beaux que j'aie jamais vécu.

-J'étais sincère, tout à l'heure, lorsque j'ai dit que si j'étais en couple avec toi, je n'aurais ni l'envie ni le besoin de rencontrer des femmes, et que je n'accepterais pas non plus que tu le fasses. Alors sommes-nous un couple ?

-T'imagines-tu en couple avec ton frère ? me demande Manu avec défi.

-Non, mais à vrai dire, ça ne m'intéresse pas non plus de l'imaginer. Ce que je veux, c'est le vivre.

Il rougit.

-De nous deux, c'est moi le profiteur, tu sais. J'ai sauté sur l'occasion lorsque tu as eu besoin que je t'héberge, et si tu avais réussi à te débrouiller financièrement, j'aurais trouvé un moyen pour te garder auprès de moi... parce que dans ma tête, cela fait bientôt cinq ans que nous vivons en couple.

Je ne peux pas m'empêcher de me moquer en le voyant aussi gêné.

-En effet, quel vilain profiteur tu fais...

Je suis heureux en voyant un sourire naître sur ses lèvres. Je me rends alors compte que j'ai toujours aimé le voir sourire, j'ai toujours voulu qu'il soit heureux.

-Tu es injuste avec toi-même, me dit-il d'une voix tendre. Tu te trompes complètement. Je n'aurais voulu d'aucun autre grand frère. Pour moi, tu as toujours été le grand frère le plus cool du monde. Lorsque mes copains de classe te regardaient jouer de la guitare à la fête de l'école, ou au théâtre du collège et du lycée, et qu'ils me demandaient « C'est lui, ton frère ? » avec des cris de stupéfaction et d'admiration, je ne pouvais pas m'empêcher d'être fier. Tu n'es pas non plus un bon à rien, tu es un merveilleux guitariste, et tu es un compositeur de génie ! Tu cuisines divinement bien et j'en ai l'eau à la bouche lorsque je passe la porte, en rentrant du travail, et que je sens l'odeur de ton gratin de potiron.

-J'essayerai de trouver un travail, moi aussi.

-Je parviens à gérer financièrement, ne t'en fais pas, répond Manu.

-Je ne veux pas avoir le statut de femme au foyer entretenue.

Mon frère glisse ses doigts dans ma toison pectorale.

-Il y a peu de chances qu'on te prenne jamais pour une femme.

Je ferme les yeux. Cette main qui me caresse le torse m'aurait-elle fait autant d'effet si elle m'avait caressé il y a une semaine ? Me fera-t-elle toujours autant d'effet lorsqu'elle me caressera dans une semaine ? J'ignore la réponse à ces questions. Je sais seulement que pour une fois, j'hésite à être égoïste, j'hésite à me blottir dans ces bras aimants en me disant que demain importe peu. Je sais toutefois que ma fièvre est tombée et que je me sens incroyablement bien allongé contre ce corps d'homme.

Je me penche sur lui, je plonge dans ses beaux yeux verts si brillants et je murmure avec émotion :

-Je t'aime, petit frère.

Il me sourit, il prend mon visage entre ses mains et l'attire dans un doux baiser. J'ignore ce qu'il adviendra de notre relation mais je sais qu'aujourd'hui, nous sommes heureux tous les deux. J'ai trouvé les seuls bras dans lesquels je veuille me blottir sans pudeur ni honte. Je ferme alors les yeux et je réponds à ce baiser tendre. En sentant deux bras se nouer autour de ma nuque, deux mains jouer dans mes cheveux, je comprends alors pourquoi deux frères en viennent à devenir amants. Nous serons peut-être tabous aux yeux de la sociétés mais je sais que notre destin, lui, savait que notre amour serait tel que nous ne nous satisferions pas d'être ensemble pendant dix, vingt ou trente ans et que nous aurions besoin d'être ensemble depuis toujours et pour toujours. Je crois enfin à cette phrase si cliché et je sais que c'est la vérité, je le sais : j'ai toujours aimé Manu et je l'aimerai toujours.

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05 décembre 2011

L'Homme à la Jaguar

Voilà mon nouveau livre, L'Homme à la Jaguar. J'espère qu'il vous plaira et n'hésitez pas à me dire ce que vous en pensez !

 

A dix-sept ans, Steve partage sa vie entre le lycée, ses amis et la prostitution. Lorsqu'un homme en Jaguar l'aborde sur le trottoir, ils ignorent que cette rencontre va bouleverser leur vie à tous les deux.
Encore faut-il qu'ils soient prêts à admettre qu'ils faisaient fausse route jusque là.

 

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22 octobre 2011

Les Héritiers de Valmar - Tome 4

Bonjour à tous ceux qui passent encore par ici !

Le tome 4 des Héritiers de Valmar est sorti quasiment juste après le tome 3 mais j'ai complètement oublié de vous prévenir... Comme pour le tome précédent, inutile de vous faire un résumé comme c'est la suite directe et également la fin de cette saga.

 

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31 mai 2011

Les Héritiers de Valmar - Tome 3

Le tome 3 des Héritiers de Valmar est publié, ça y est ! Inutile que je vous fasse un résumé, c'est la suite directe du tome 2. Je ne mets pas d'extrait non-plus pour ne pas spoiler la fin du tome 2.

 J'espère que ce volume vous plaira et pour ceux qui se posent la question, le 4ème et dernier tome ne devrait pas tarder à sortir, lui aussi.

 

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19 janvier 2011

Sex, Drugs & Rock'n Roll - Tome 2

Hier, j'ai publié le tome 2 de "Sex, Drugs & Rock'n Roll". Il s'agit en réalité du passé de Sven et Harry : leur rencontre, leurs silences, leurs premières fois, etc...

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Prologue


Je marche dans la rue sans regarder ce qui m'entoure. Pour tous les adolescents, la rentrée au lycée est un cap important. Pour moi, ce n'est qu'une rentrée comme une autre. Je n'ai pas abandonné d'amis du collège, je n'en ai jamais eus. Et je sais que je ne m'en ferai pas au lycée.

A quoi ça sert d'avoir des amis ? A être obligé d'aller chez eux et de les inviter chez soi ? A les avoir sur le dos lorsqu'on a envie d'être seul ? Comme si j'avais besoin de ça...


Je franchis le portail, monte les quelques marches bordées d'une pelouse, pousse la porte vitrée dans laquelle je croise mon reflet. Cheveux noirs en bataille, yeux bleus cernés dus à ma peur de m'endormir et rougis à cause d'une cigarette qui fait rire. J'ai le teint pâle et dans mes vêtements sombres, un jean noir, des Rangers noires et un t-shirt noir à l'effigie d'un groupe de rock, j'ai carrément l'air d'un cadavre ambulant. Par ailleurs, je ne suis pas très épais, ce qui doit accentuer davantage mon air morbide.

La foule s'ouvre devant moi et des chuchotements commencent à naître parmi les différents groupes.

Allez tous vous faire foutre !


J'arrive à un panneau en liège sur lequel sont affichées les différentes classes. Je suis en seconde B, salle 202. Je rajuste mon sac sur mon épaule et je me dirige vers les escaliers que je monte lentement. Je longe le couloir du deuxième étage, peint en violet avec des portes vertes. C'est laid. Quel est le type qui a eu l'idée de ces couleurs ?

J'arrive en salle 202. La pièce est vide. Je m'installe au fond à gauche, à côté de la fenêtre, et j'attends.


Reprendre les cours ne m'enchante aucunement. Pas que je me sois amusé cet été mais je pouvais courir les bars, à la recherche de quelqu'un qui pourrait m'aimer. Malgré ma taille et ma carrure minables, je fais plus que mon âge. Peut-être parce que je n'ai pas la gaité ni la vitalité qui caractérisent les gens de seize ans. Mon silence passe pour de la maturité.


La cloche sonne. La salle se remplit peu à peu et s'anime de bruit. Je ne prête aucune attention à mes futurs camarades de classe, je regarde par la fenêtre, mon menton appuyé sur ma main.

Un bruit de toux me fait tourner la tête. Un garçon assez grand aux cheveux et aux yeux noirs est debout près de ma table, il tient la chaise à côté de la mienne. Son visage est très sérieux, plus sérieux que celui des adolescents que je côtoyais au collège.

-Je peux ? demande-t-il simplement.

-Comme tu veux, je réponds en reportant mon attention sur ce qui se passe par la fenêtre.

Je l'entends tirer la chaise et s'asseoir à côté de moi.


Durant l'appel, j'apprends que ce garçon s'appelle Harry.

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Magda

J'ai également publié un livre qui s'intitule "Magda".

Gil, à la poursuite de l'homme à l'œil rubis, arrive à Green Island affamé, assoiffé. Il entre dans un bar dans l'espoir d'y trouver du Whisky et se fait attaquer par des hommes. Il parvient à se défendre et fini par faire connaissance de Remy, un adolescent qui est à la recherche de son frère enlevé par l'homme à l'œil rubis. Tous deux font alors route ensemble, Gil pour tuer cet homme et Remy pour retrouver son frère, sans qu'aucun des deux sache que ce voyage leur donnera plus que ce qu'ils recherchent.

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Chapitre 01 - Soif de Whisky et de vengeance

Tout a un début, et tout a une fin. Une fin qui arrive plus ou moins vite, en fonction des évènements, des circonstances, des décisions prises par ceux qui possèdent le pouvoir. A Green Island, les décisions n'ont pas dû être les bonnes. A moins que ce ne soit une histoire de fatalité. Nul ne le sait, ou du moins, ceux qui le savent ont le bon sens de se taire.


L'homme avançait dans les rues désolées, il titubait, épuisé, rongé par la faim et la soif. Vêtu d'un long manteau noir par dessus des vêtements noirs et d'un chapeau de cowboy noir assombrissant ses cheveux et ses yeux noirs, il aurait pu être impressionnant s'il avait pu tenir debout. Toutefois, il n'y avait nul à impressionner dans la rue déserte. Même les chiens errants avaient la présence d'esprit de ne pas s'aventurer dans ce quartier de la ville régi par la loi du plus fort.
L'homme, un étranger, ignorait tout cela, il n'était d'ailleurs plus en état de réfléchir. Il voulait seulement à boire. Du whisky de préférence, ou du rhum. Ou de l'eau s'il n'y avait plus que ça, mais il l'évitait : l'eau n'était bonne qu'à faire rouiller.
Quelques cris en provenance d'un bar lui donnèrent la vigueur nécessaire pour faire encore quelques pas. S'il y avait des cris, c'est qu'il y avait à boire. Il franchit les portes à battants et trébucha juste à temps sur la jambe d'un cadavre pour éviter un coup de gourdin qui l'aurait sans aucun doute assommé.
-Qui es-tu, étranger ?
L'homme en noir regarda tout autour de lui. Trois hommes se tenaient debout, un révolver dans les mains et un gourdin à la ceinture. Les autres personnes présentes n'étaient que des cadavres, toutes catégories confondues : des vieux, des jeunes, des hommes, des femmes, des riches, des pauvres et même un adolescent qui portait un pendentif cabossé. Toutefois, le vagabond ne se sentait nullement concerné par ce qui se passait dans cette ville. Il ne souhaitait qu'une chose : à boire.
S'il n'avait pas été aussi concentré sur sa soif, il aurait entendu les coups de feu et aurait deviné que ce bar n'était pas tranquille, mais durant les dernières heures, seule sa gorge asséchée lui importait et à un moindre niveau, son estomac vide.
-Je suis un étranger, comme vous le dites, répondit-il néanmoins d'une voix rendue rauque par sa gorge asséchée. Je me fiche de vos activités, je veux juste boire un coup et je repars.
-Je comprends bien. Tu dois, toi aussi, comprendre que nous ne te laisserons pas partir comme ça. Nous avons ordre de tuer tout le monde.
La brute regarda avec cupidité la montre gousset accrochée à la ceinture de l'étranger et ajouta :
-En revanche, si tu es prêt à négocier pour ta vie...
L'homme effleura la montre, qui diffusa une douce lumière bleue par le cadran.
-Elle n'est pas à vendre.
-Oh, cette montre vaut plus que ta vie ?
-Magda est ma vie, fit l'étranger avec un sourire amer.
Il roula sous une table pour se protéger des coups de feu qui se mirent à pleuvoir, puis il sortit de sa cachette et sauta en direction des hommes qui rechargeaient leurs armes. Un coup de poing dans un nez, un plongeon en avant pour éviter une nouvelle rafale, un coup de pied dans un ventre au passage et il était derrière son troisième assaillant. Il posa une main sur sa nuque et frappa son front sur le mur le plus proche. Il avisa que les trois hommes avaient perdu connaissance.
-Zut, j'aurais bien aimé les interroger sur l'homme à l'œil rubis. Enfin, je vais peut-être enfin pouvoir boire un verre, moi...
Il se tourna en direction du bar et avisa que toutes les bouteilles étaient cassées. Qu'à cela ne tienne, le propriétaire avait sûrement quelques réserves en arrière-boutique. L'étranger enjamba les cadavres sans remarquer que l'adolescent poussait un petit gémissement et il atteignit la porte de derrière. Il ne trouva là que trois bouteilles de whisky, une de rhum et quelques bières. Il mit le tout dans les poches de son long manteau noir, gardant à la main une des bouteilles de whisky et il se dirigea vers la sortie. Peu importaient la faim et la fatigue, il devait retrouver l'homme à l'œil rubis pour le tuer.


Remy n'osait pas bouger, paralysé par la peur et par, il devait bien l'admettre, une immense douleur au milieu de la poitrine. Si son gros pendentif, cadeau de son frère aîné, n'avait pas arrêté la balle, il serait sûrement mort à cette heure. La force de l'impact lui avait fait perdre connaissance un moment mais il était encore en vie.
Il respirait par petites goulées d'air, autant pour ne pas se faire remarquer que pour épargner sa poitrine douloureuse et regarda le spectacle de ses yeux mi-clos. Un inconnu était en train de mettre à terre les trois hommes de Jones. Le malfrat ne serait certainement pas content mais Remy était heureux de trouver un tel protecteur.
Perdu dans ses rêveries, il vit l'homme déposer un billet sur le comptoir et quitter le bar. Remy se leva et prit l'argent sans état d'âme, sachant que quelqu'un d'autre s'en chargerait tôt ou tard. Il courut après l'homme qui marchait tout en buvant de longues rasades de whisky.
-Monsieur ! s'écria-t-il.
Soit l'étranger ne l'avait pas entendu, soit il ignorait Remy.
-Monsieur, attendez ! cria-t-il à plein poumons, ce qui raviva sa douleur à la poitrine.
L'homme daigna enfin se retourner.
-Hé, petit, lança-t-il, tu n'aurais pas vu un homme avec un œil rubis ?
-Un œil rubis ? demanda Remy.
-Oui, un rubis à la place de l'œil si tu préfères.
-Euh... non...
-Ah. Tant pis.
L'étranger reprit son chemin sans faire de cas de celui qui l'avait appelé. Remy le regarda s'éloigner, impressionné par tant de classe et de maîtrise de soi jusqu'à ce que l'estomac de l'homme se mette à gargouiller, ce qui ternit un peu l'image de héros que l'adolescent s'en faisait. Il dissimula un sourire de son mieux et suggéra :
-Je vous emmène ? Mon oncle tient un restaurant et je crois que Monsieur le Maire sera heureux de vous connaître.
-Si tu me prends par les sentiments, petit...
-Ne m'appelez pas petit ! Je m'appelle Remy.
-Et moi Gil.
-Suivez-moi, Gil.
L'homme obéit et suivit l'adolescent jusqu'à une vieille jeep rouillée dans laquelle il sauta.
-Tu sais conduire ça ? demanda Gil d'un air un peu inquiet.
-Oui, mon grand frère m'a appris. Alors, vous montez ?


Tout en dévorant l'entrecôte et les frites offertes par l'oncle de Remy, Gil écoutait d'une oreille distraite les doléances du maire. Green Island était une petite ville paisible jusqu'à ce que Jones en fasse sa cible principale. Tous les habitants, à force d'être pillés, s'étaient réfugiés au centre-ville et unissaient leurs forces pour survivre et se protéger.
-Pourquoi cette ville s'appelle Green Island* ? Elle n'a rien de vert avec son sol desséché, et ce n'est pas une île.
-Elle était verte lorsque nous avions accès aux fontaines et que nous n'avions pas peur de nous rendre à nos jardins. Quant au fait que ça ne soit pas une île... Pour nous, c'est notre petit coin de paradis quand-même.
-Chouette histoire, fit Gil après avoir avalé de longues gorgées de whisky.
-Remy nous a dit que vous l'aviez aidé et...
-Je ne l'ai pas aidé, je me suis simplement défendu. Si ça lui a rendu service, tant mieux pour lui mais...
-Faites repartir Jones, c'est tout ce que je vous demande, fit le maire d'une voix suppliante.
-Trouvez un vrai garde du corps. Je ne suis qu'un vagabond.
Gil se leva de sa chaise puis demanda :
-Au fait, vous ne sauriez pas où je peux trouver l'homme à l'œil rubis ?
-Non, ça ne me dit rien.
-Alors je n'ai plus rien à faire ici.
Il se dirigea vers la porte mais se plaqua contre le mur lorsqu'une rafale de balles surgit par la fenêtre.
-C'est Jones, murmura Remy.
Par réflexe, Gil porta sa bouteille à ses lèvres. Surpris de ne rien sentir couler dans sa bouche, il la regarda. Une des balles l'avait cassée, il ne lui restait plus que le goulot dans la main.
-Ces idiots, cracha-t-il, hors de lui. Ils ont gâché une bouteille de bon alcool ! C'est impardonnable.
Remy et le maire se regardèrent, une lueur d'espoir dans les yeux.
-Désolé pour votre bouteille, Gil, fit Remy mais l'homme savait qu'il n'en pensait pas un mot.

 

 

*Green Island signifie Île Verte.

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Les Héritiers de Valmar - Tome 2

Il y a quelque temps déjà, j'ai publié le tome 2 des Héritiers de Valmar, qui s'intitule "L'Oiseau des Glaces". Inutile que je vous fasse un résumé ici, je vous préciserai juste qu'il s'agit de la suite du tome 1 et cela se passe 15 ans plus tard.

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Voilà le premier chapitre :

Prologue

Assis dans le salon des appartements royaux, Nathaniel faisait à Heinrich son compte-rendu de voyage et offrait surtout à son roi une oreille amicale. Depuis seize ans, le roi n'était plus que l'ombre de l'adolescent enjoué et impulsif que Nathaniel avait rencontré. Ce dernier s'en voulait de voir son roi de plus en plus grincheux et renfermé et il se disait que le moins qu'il pouvait faire était de rester à ses côtés et l'écouter lorsqu'il avait envie de parler, ce qui était rare.

Le roi Heinrich de Lorset était un bel homme grand aux yeux verts inexpressifs. Ses cheveux que Nathaniel avait connus mi-longs et bouclés ne dépassaient plus la largeur d'un doigt depuis seize ans. Son corps était fin, tout en muscles déliés. Heinrich passait la majorité de son temps à s'entraîner au combat, comme s'il voulait tout faire pour éviter de perdre des êtres chers...

Les deux hommes étaient sur le point de se quitter lorsque un adolescent blond déboula sans prévenir.

-Nathaniel, vous êtes rentré !

-Hugo, combien de fois t'ai-je déjà rappelé de quelle manière tu devais t'adresser à tes précepteurs ? demanda Heinrich d'un ton désapprobateur.

-Pardonnez-moi, père...

L'adolescent afficha un visage de circonstances mais dès qu'il eut tourné le dos à son roi, il sourit à Nathaniel et dit :

-Bonjour Messire Nathaniel, quel plaisir de vous revoir.

-Bien le bonjour mon prince, répondit Nathaniel amusé.

En croisant le regard de Heinrich qui avait viré au noir, Nathaniel dissimula son sourire.

-N'êtes-vous pas à votre leçon d'escrime, mon prince ? demanda-t-il afin de changer de conversation.

-Si mais Yvan a dit que je me débrouillais à merveille.

-Hugo ! grogna Heinrich.

Le jeune prince soupira et reprit :

-Le Commandant Yvan a dit que je me débrouillais à merveille.

-Bien. A présent, Hugo, va attendre Nathaniel dans le couloir, je dois m'entretenir avec lui d'un sujet. Dès que ce sera fait, il te rejoindra.

-Oui père.

Hugo soupira à nouveau et quitta le salon royal. Heinrich le regarda et s'il éprouvait une once de tendresse pour son fils, il était impossible de le deviner sur son visage austère.

-De quoi vouliez-vous m'entretenir, votre majesté ? demanda Nathaniel.

-J'aimerais que tu enseignes plus durement le protocole à Hugo, répondit Heinrich. Ce n'est pas parce qu'il est l'héritier de la couronne qu'il doit appeler les gens par leurs prénoms comme il le fait.

-Il ne fait que vous imiter, mon roi.

-Toi et moi, nous avons traversé des montagnes ensemble, cela tisse des liens.

-Cela tisse des liens avec mon prince également, répondit Nathaniel. Après tout, c'est principalement pour lui, pour qu'il puisse naître un jour que nous l'avons fait.

-Je le sais mais j'aimerais que mon fils soit digne de me succéder. Il fera les choses à sa manière une fois adulte. En attendant, il les fera selon mes règles.

-Oui mon roi, fit Nathaniel.

Le maître d'art, de protocole et d'histoire s'inclina devant Heinrich et quitta le salon. Dans le couloir, il remarqua Hugo, debout devant un tableau. La scène se passait sur la plage d'Orkansar. On y voyait la Reine Ulricha et le Roi Heinrich quelques mois avant leur couronnement. Ils se tenaient l'un en face de l'autre et semblaient se regarder. Quelques navires flottaient sur l'océan. Sans même se retourner de sa contemplation, l'adolescent demanda :

-Nathaniel, pourquoi mon père ne me sourit-il jamais ?

-Il n'y a pas qu'à vous, mon prince. En réalité, je n'ai pas vu votre père sourire depuis très longtemps.

-J'avais quatre ans à la mort de ma mère alors je ne sais pas comment il était avant... Est-ce que ça vient de ça ?

-Non, mon prince. Je n'ai pas vu votre père sourire depuis seize ans.

Nathaniel désigna le tableau qu'observait Hugo et ajouta :

-Il n'a pas sourit depuis le jour illustré par cette peinture.

-C'est vous qui l'avez peint, n'est-ce pas ? demanda Hugo.

-En effet.

-Pourquoi mon père n'a plus jamais sourit après avoir retrouvé ma mère ?

Nathaniel hésita. Avait-il le droit de révéler des secrets qui n'étaient pas les siens ? Toutefois, le regard vert suppliant l'aida à prendre sa décision rapidement.

-En fait, on croit que votre père et votre mère se regardent sur cette peinture mais ce n'est pas le cas. Votre père regarde par dessus l'épaule de votre mère.

Le maître d'art désigna un minuscule point argenté qui se posait sur l'un des bateaux et ajouta :

-Votre père regarde ceci.

-Qu'est-ce ?

-C'est Devon.

-Le fils de Monseigneur Isidre ?

-En effet. C'était également un ami très cher de votre père.

-Alors puisqu'il est mort, mon père ne sourira plus jamais ?

A nouveau, Nathaniel hésita.

-Mon prince, souhaitez-vous voir votre père sourire ?

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Réponses

Bonjour à tous ceux qui me suivent par l'intermédiaire de ce blog.

Tout d'abord, je tiens à vous souhaiter une bonne année 2011, une excellente santé. J'espère que tous vos vœux se réaliseront et que vous serez heureux.

Je profite de ce post "à part" pour répondre aux quelques commentaires que j'ai eux, notamment ceux de Dow et d'Angel.

Dow : Pour la suite de mes livres, il va falloir attendre encore un peu. Je viens tout juste de publier "Sex, Drugs & Rock'n Roll tome 2". En ce moment-même, j'écris en alternance (en fonction de l'inspiration) "Les héritiers de Valmar Tome 3 - La revanche du dragon" et "Sex, Drugs & Rock'n Roll tome 3". Attends encore un peu s'il te plaît. :)

Angel : Tu peux me tutoyer tu sais :) Je suis heureux que tu aies aimé "Sens Unique". J'espère que "Sex, Drugs & Rock'n Roll" t'a plu également. N'hésite pas à me dire ce que tu en as pensé, les critiques sont toujours les bienvenues.

Désolé pour ce retard dans les mises à jour de ce blog, je vais essayer d'être plus régulier à partir de maintenant.

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10 mai 2010

Les Héritiers de Valmar

Aujourd'hui, j'ai publié le tome 1 des Héritiers de Valmar, qui s'intitule "Le Boiteux".

Devon, 17 ans, est le valet du prince Heinrich de Lorset et ce dernier considère Devon comme responsable de la mort de son père. Il va tout faire pour humilier le domestique et mettre en avant son handicap (il boite). Et puis un jour, Ulricha, la future fiancée du prince va se faire enlever et Devon va sauver la vie de Heinrich. Ils vont fuir Valmar ensemble et tenter de retrouver Ulricha mais pendant ce voyage, ils vont s'attacher l'un à l'autre à tel point que Heinrich hésitera entre sa couronne et son serviteur.

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Voilà le premier chapitre :

Prologue

Debout à la fenêtre de sa chambre dans le château de Valmar, le prince Heinrich de Lorset, tout juste âgé de sept ans, ne pouvait s'empêcher de regarder les soldats de son père partir au combat. En effet, les pirates avaient tenu à profiter que la Mer Froide, qui déservait le port de Valmar, ne soit pas encore gelée. Le village bâti au pied du château avait donné l'alerte, mais il serait sûrement trop tard pour en sauver les habitants qui avaient pris le risque de vouloir défendre leurs biens au lieu de se réfugier dans la forteresse.
Les deux rangées de soldats, vêtus de leurs armures en cuir ou de métal, se déplaçaient à pieds pour ne pas risquer de bonnes bêtes alors que le village n'était pas loin et que les pirates se battaient pied à terre.
Heinrich se cacha les yeux devant les maisons touchées par des flèches enflammées qui prenaient feu comme du petit bois dans cet air froid et sec. Il avait toujours vécu dans la sécurité du château et ne put donc pas savoir à qui appartenaient les maisons en feu, il ne pouvait pas deviner que la forge et la boulangerie ainsi que plusieurs tavernes étaient en train de s'écrouler. Tout ce qu'il voyait, c'était ce village, Valmar, qu'il avait toujours vu de sa fenêtre et qui aujourd'hui, périssait sous les flammes. Les villageois se faisaient transpercer de lances, écraser de massues, pourfendre de haches. Les cris lâchés par les blessés et poussés par le vent entouraient Heinrich comme s'il était sur place. On pouvait voir de très loin les taches de sang s'agrandir sur la neige blanche.
L'enfant était heureux que tous les domestiques du château soient occupés car il était sûr que le cas échéant, on l'aurait empêché d'assister au spectacle. Or si son père et ses soldats étaient déjà allés au combat, lui n'y avait jamais participé. Là, au moins, il pouvait voir ce qu'était la guerre, il pouvait comprendre la signification du mot massacre. Il assistait à ce qui se passait entre le départ des troupes et leur retour.

Des cris de surprise incitèrent Heinrich à baisser la tête afin de regarder ce qui se passait dans les murs-même de la forteresse. Les énormes portes de chêne étaient en train de s'ouvrir pour laisser passer son père, le roi Harold de Lorset. Vêtu d'une côte de mailles qui miroitait sous le rare soleil et d'une longue cape rouge bordée d'hermine, le souverain marchait, la tête haute, un écu poli dans une main, une épée étincelante dans l'autre. Ses cheveux blonds bouclés dont son fils avait hérité flottaient dans le vent.
Fier de son père, l'enfant le regardait avec adoration marcher d'un pas assuré en direction de l'ennemi. Le roi Harold n'avait peur de rien, et certainement pas d'une bande de pirates ! Toutefois, le prince hurla en voyant un pirate sortir de derrière une maison et abattre sa hache sur son père. Les gardes se ruèrent sur l'ennemi. Le souverain regarda avec stupeur son bras gauche et son bouclier tomber, avant d'enfoncer lui-même sa lame dans le ventre de l'ennemi. Il y laissa l'épée et ramassa un enfant qui courait pour fuir deux pirates. Âgé de cinq ou six ans, le gamin semblait mort de peur et d'après ce que Heinrich pouvait voir, il était le dernier villageois debout dans les parages, tous les autres étaient morts.
Son père n'avait tout de même pas risqué sa vie pour sauver un enfant ? C'était impossible ! Qui était ce gamin qui geignait dans l'unique bras de son roi tandis que ce dernier se retirait en direction de la forteresse.
Des soldats s'interposèrent entre Harold et les pirates, ce qui empêcha ces derniers d'utiliser leurs haches ou leurs massues mais les flèches tombèrent en direction du souverain.
Le roi reculait vers la place protégée, l'enfant serré contre lui. Sans doute ne voulait-il pas perdre ses hommes de vue. Les traits le visaient, l'un d'entre eux atteignit son épaule déjà mutilée, un autre se planta dans le genou gauche du gamin qu'il tenait contre lui. Un dernier tir se piqua entre le corps et le bras gauche de l'enfant, dans la poitrine de Harold.

Heinrich quitta son poste d'observation et sortit de sa chambre, dévalant les escaliers de pierre qui menaient à la grand'salle. Son père y avait déjà été rapatrié. Autour de lui, les villageois observaient avec déférence leur roi si bon qui avait donné sa vie pour sauver un enfant.

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22 avril 2010

Sex Drugs & Rock 'n Roll

Cette fiction raconte l'histoire de Sven, 30 ans, qui passe son temps à se shooter à la codéine, à jouer de la guitare et à se faire baiser. Il pense que personne ne l'aime, sans même remarquer ce qui l'entoure et sans voir que Harry est là.

 

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Voilà le premier chapitre :


Chapitre 01


-Sven, on commence dans quinze minutes.
J'ouvre les yeux. Je suis allongé sur le canapé de cuir rouge, dans ma loge, et j'ai dû m'assoupir car je n'ai même pas entendu la porte s'ouvrir. Harry, le batteur de notre groupe, me fait face accroupi devant moi, une main posée sur mon épaule. Ses grands yeux noirs sont inquiets.
-Ça va ? demande-t-il.
Je repousse sa main.
-Ça va, je réponds en m'asseyant dans le canapé. J'arrive dans cinq minutes.
Il se relève et quitte ma loge en poussant un petit soupir que j'ignore. Pas étonnant que je sois somnolant. Graham, notre manager, vient encore de me passer dessus. Il aime bien me prendre avant nos concerts. Il dit que j'ai les yeux plus brillants après avoir joui et ça plaît davantage aux petites pisseuses qui sont mes fans.
Je remplis un verre d'eau dans lequel je fais tomber deux comprimés effervescents à la codéine.
J'ai découvert ces médicaments suite à une chute dans les escaliers, il y a environ un an. Je n'ai rien eu de cassé ce jour-là, mais une douleur à l'épaule m'empêchait de jouer de la guitare, ma précieuse guitare. Mon médecin m'a prescrit ces médicaments. Un à la fois et pas plus de trois par jour. Au début, ça me donnait la nausée. Ensuite, ça a commencé à me faire planer. Depuis, j'en prends régulièrement, par deux et environ quatre fois par jour, parfois plus. Pour calmer ma douleur à l'âme. Pour me faire croire que cette vie de merde vaut la peine d'être vécue. Pour mettre un peu de couleurs dans mon monde en noir et blanc.

En attendant que mon bonheur artificiel soit dissout dans le verre, je me déshabille. Mon boxer est propre. Pour une fois, Graham a pris le temps de mettre un préservatif. Alors je passe mes vêtements de scène, un pantalon de cuir noir moulant, une chemise noire transparente et des bottes de cuir noir. Je jette un œil à mon reflet. Mes cheveux noirs aux mèches rouges, violettes et bleues sont en désordre, comme d'habitude. Mes yeux bleus ne sont pas trop cernés, il faut croire que ma micro-sieste m'a été bénéfique. Mon oreille droite est ornée de dix anneaux argentés qui en font le tour. La gauche, elle n'a qu'un petit anneau au cartilage relié par une chainette à un clou dans le lobe. Une chaîne en argent à laquelle est suspendue une croix bouge autour de mon cou à chacun de mes mouvements.
Je fais beaucoup plus jeune que mes trente ans. Je ne suis pas très grand, mon corps est fin, mon visage juvénile. Graham dit toujours que j'ai une gueule d'ange et que c'est grâce à cette gueule que nous vendons nos CD et que nos salles de concerts sont pleines. En effet, mon physique fait plus jeune que mon âge. Mes yeux, par contre... Un jour, Harry m'a dit qu'ils étaient hantés, comme s'ils en avaient trop vu, comme si j'avais vécu depuis la nuit des temps et que cette vie me paraissait décidément trop longue. Je n'ai pas voulu lui dire qu'il avait raison.
Je me détourne du miroir et me dirige vers la petite table basse devant le canapé, où m'attend mon verre. Les deux pastilles ont fondu. Je bois le liquide, grimaçant sous le coup du goût amer. Je repose le verre et je quitte ma loge. Je longe un couloir, croisant des assistants, des éclaireurs et divers techniciens en pleine effervescence. Une fois arrivé à l'arrière de la scène, Graham me tend ma guitare. Je le fixe droit dans ses yeux marron et un sourire mauvais nait sur son visage. Il repense sans doute à ce qui s'est passé dans ma loge il y a moins d'une demi-heure. Qu'il y pense si ça lui chante. Pour ma part, ce n'est qu'une fois parmi tant d'autres. J'ai été abandonné à la naissance. J'ai passé ma vie à naviguer de familles d'accueil en familles d'accueil, plus intéressées par le chèque de la DDASS que par mon bien-être.
Depuis ma naissance, personne ne m'a jamais aimé. Et finalement, ça ne m'importe pas plus que ça. Je préfère l'amour à court terme, sans aucune demande, sans illusions trompeuses, sans déception.

Je passe la courroie de ma guitare autour de mon cou. Cette guitare, c'est une guitare électrique que j'utilise pour les concerts. Chez moi, j'en ai une autre. Elle a treize ans. Elle est magnifique. Et elle compte plus que tout pour moi. C'est un cadeau de Harry. Peut-être que cet imbécile fait des cadeaux à tous ses amants, je l'ignore. Il y a treize ans, j'ai essayé de mourir. J'ai échoué. Il n'y a rien de plus horrible que de se réveiller à l'hôpital et de se dire qu'on est tellement bon à rien qu'on n'est même pas capable de mettre un terme à sa propre vie. Lorsque je suis sorti, peu après mon réveil, Harry m'attendait. Il m'a offert cette guitare. Pour donner un sens à ma vie.
Depuis, je joue de la guitare et je chante. Je n'aime pas spécialement ça mais il faut bien gagner sa vie. Et puis comme ça, Harry croit qu'il a réussi. Il ne sait pas que vivre me fait chier. Néanmoins, je lui ai promis de ne plus recommencer. Alors quand j'ai envie de mourir, je me fais sauter. Je ne jouis pas systématiquement mais j'attends, les cuisses écartées et je me dis que je suis au moins un peu utile. Et que je suis aimé, au moins à ce moment-là. Quand me faire baiser ne fonctionne pas, hé bien... il reste toujours la codéine...

Je capte le regard noir de Harry. Il est déjà sur scène, assis derrière sa batterie. Ses baguettes en mains, il attend mon signal. Gwenn et John, respectivement au synthétiseur et à la basse, sont prêts eux aussi. Ils sont des membres rapportés par Graham il y a cinq ans, contrairement au batteur que je connais depuis le lycée. Ils ne font ça que pour le boulot et nous ne nous voyons pas en dehors des concerts, répétitions et autres enregistrements. Tant mieux, je n'aime pas voir du monde, je ne suis pas sociable de toute manière.
Gwenn est un grand roux aux yeux verts. Son visage est parsemé de taches de rousseurs. Il est sympa, ouvert et assez enclin à la plaisanterie. Il est de caractère très facile et il a un don pour arrondir les angles.
John, par contre, ne parle pas et je ne sais absolument rien de lui. S'il chantait pas dans quelques morceaux, j'aurais pu penser qu'il était muet. Sauf quand il n'est pas d'accord. Ce type a vraiment un caractère spécial. Nous nous prenons souvent la tête. Dans ces cas-là, Harry essaye de me raisonner et Gwenn fait de même avec John. Les cheveux du bassiste sont teints en blanc et il porte toujours des lentilles rouges. De ce fait, je ne sais pas à quoi il ressemble au naturel mais finalement, je m'en fous. Il est presque aussi petit que moi et avec son caractère, il me fait penser à un roquet albinos qui passe son temps à aboyer.

Je fais un signe de tête à Harry. Il me répond par un clin d'œil et entrechoque ses baguettes entre elles en lançant :
-Un, deux! Un, deux, trois, quatre!
Nous nous mettons à jouer tous les quatre et les petites pisseuses en furie commencent à hurler en me voyant arriver sur scène. Ébloui par les projecteurs, je ne les vois pas. En revanche, j'entends les cris de ce troupeau de vaches laitières que je nourris de musique et de sourires et à qui je trais l'argent.
Mes sourires ne sont que factices mais ça leur suffit, à ces gamines qui prétendent m'aimer alors qu'elles ne savent rien de moi. Tout ce qu'elles veulent, c'est me voir leur sourire et me mater. Elles aiment voir mon cul moulé dans ce pantalon en cuir, elles aiment voir ma poitrine à travers cette chemise transparente. Hé bien allez-y, regardez tant que vous le pouvez, vous avez payé assez cher, après tout.

Posté par Sanmiligoku à 13:35 - Commentaires [0] - Permalien [#]